Michel Munger
Argent
S'il faut croire les mises en garde répétées, une bulle immobilière est sur le point d'éclater au Canada. Les prophètes de malheur ont-ils raison ?
La semaine dernière, l'agence de notation de crédit Standard and Poors abaissait de «stable» à «négative» la perspective sur les principales banques canadiennes. S&P fonde son raisonnement sur les prix des maisons en hausse et le fort endettement des consommateurs.
«Ce que l'agence dit, c'est que si jamais les taux d'intérêt remontent, certains emprunteurs auront de la difficulté à rembourser leurs prêts», précise Michel Nadeau, analyste pour la chaîne Argent.
Les consommateurs sont effectivement vulnérables alors que l'économie ralentit. Leur endettement dépassait 150% du revenu disponible au premier trimestre. D'autre part, les prix moyens des maisons atteignaient 369 339 $ en juin, selon l'Association canadienne de l'immeuble. Il s'agit d'une hausse de 34% depuis janvier 2009.
L'immobilier canadien est carrément surévalué, a affirmé l'hebdomadaire The Economist à la fin de mars. Selon ses calculs, les prix sont 32% trop élevés par rapport au revenu. Seuls les chiffres de la Belgique et des Pays-Bas sont pires.
L'économiste David Madani, de Capital Economics, sonnait l'alarme à son tour mercredi dernier, avançant que les prix reculeront de 25% d'ici deux ans.
Faut-il prendre ces alertes au sérieux ?
«Il y a une tendance à frapper sur tout ce qui bouge dans le monde bancaire, réagit Michel Nadeau à propos de Standard and Poors. Les agences se protègent en lançant un avertissement prématuré, qui arrive de façon bizarre, alors que la Banque Nationale et la CIBC sont parmi les plus stables en Amérique du Nord.»
M. Nadeau estime que le système bancaire canadien reste prudent et solide.
«Les banques se prémunissent en prêtant seulement 75 à 80% de la valeur de votre propriété, dit-il. Elles engrangent des profits et bonifient leurs réserves. Leurs actions donnent des rendements de 4 à 5%. Le secteur ne me fait pas peur.»
Les consommateurs ne sont-ils pas trop endettés pour s'en tirer si les paiements hypothécaires augmentent ?
«Il est un peu tôt pour appuyer sur le bouton panique, répond Paul-André Pinsonnault, économiste principal au revenu fixe à la Financière Banque Nationale. Nous ne pensons pas que la Banque du Canada est sur le point d'augmenter ses taux, qui risquent de rester bas en 2012 et pour une bonne partie de 2013.»
M. Pinsonnault fait la même lecture concernant l'économie canadienne. «Nous ne croyons pas être rendus dans une zone problématique. Tant qu'elle croîtra à un rythme proche de 2%, il n'y aura pas de problème avec le marché immobilier.»
Chutes de prix possibles
L'économiste reconnaît cependant que les prix des maisons peuvent baisser. «Le gouvernement fédéral a imposé des mesures comme la réduction de la période d'amortissement d'un prêt à 25 ans. Ça va empêcher de nouveaux acheteurs d'avoir accès à la propriété de façon immédiate et dégonfler les prix à moyen terme, mais nous ne prévoyons pas de recul majeur.»
Les banques touchées par l'avertissement de S&P sont la TD, la Royale, la Scotia, la Nationale, la Laurentienne, Central 1 Credit Union et Home Capital Group.