Carl Renaud
Argent
Plusieurs acquisitions ont marqué le Québec inc. en 2012. Des sociétés québécoises comme Alimentation Couche-Tard, CGI, Genivar ou Innergex énergie renouvelable ont mis la main sur des entreprises étrangères. Pendant ce temps, des fleurons tel que Rona et Astral devenaient la proie d'un concurrent.
«Plusieurs compagnies du Québec inc. ont fait des acquisitions importantes en Europe compte tenu de leur propre taille», a exprimé Denis Durand, associé principal chez Jarislowsky Fraser.
Alimentation Couche-Tard et CGI ont chacune déboursé 2,8 G$ pour prendre de l'expansion en Europe. La première a acheté Statoil Fuel & Retail en Norvège, la seconde a pris le contrôle de la britannique Logica.
Genivar a aussi fait l'achat d'une entreprise de la Grande-Bretagne. La firme d'ingénierie a injecté 442 M$ dans l'achat du groupe WSP. Plus près de nous, le producteur d'énergie Innergex a investi une centaine de millions dans l'achat de centrales hydroélectriques et d'un parc éolien, situés en Colombie Britannique et au Québec.
«La conjoncture était favorable. Les bas taux d'intérêt ont permis de financer des acquisitions à faible coût et en Europe, la valeur des entreprises était à un creux de dix ans», a expliqué M. Durand.
Plusieurs sociétés publiques ont fait le bonheur des investisseurs au cours de la dernière année. L'Indice Québec 30, qui inclut les trente plus importantes sociétés québécoises transigées à la Bourse de Toronto, a grimpé de 12,4% depuis le début de l'année.
Par contre, la dégringolade de certains titres en Bourse a attiré le regard de prédateurs étrangers. Rappelez-vous de la saga Rona-Lowe's. Plusieurs analystes demeurent convaincus que le détaillant américain souhaite encore acquérir le quincaillier québécois même s'il a retiré son offre de 1,8 G$ en septembre.
«Il y a eu des frissons pour certains de nos fleurons. Le Québec a eu peur de perdre de gros morceaux, Rona mais aussi Astral [NDLR : que Bell veut acquérir pour 3,3 G$]», a commenté Michel Nadeau, directeur de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP).
Malgré le mouvement protectionniste provoqué par les tentatives de prise de contrôle de Rona et Astral, M. Nadeau croit que certaines compagnies ne pourront pas être épargné. Près de 25 entreprises québécoises transigées en Bourse seraient même vulnérables à une acquisition étrangère, selon une récente étude de l'IGOPP. «On doit se concentrer sur celles qui performent et les aider à poursuivre leur expansion en faisant des acquisitions», a-t-il analysé.
Les spécialistes sondés par Argent prévoient que la vague d'acquisitions va se poursuivre en 2013 car les liquidités des entreprises sont élevées et que les coûts de financement vont demeurer bas encore un bout de temps.
Stabilité chez les manufacturiers
Les ventes des entreprises manufacturières sont demeurées stables cette année même si le secteur a créé 27 600 emplois de janvier à novembre. La croissance n'est pas encore au rendez-vous en raison de la crise qui se poursuit en Europe et aux États-Unis.
«Nous avons fait du chemin mais ce n'est pas encore suffisant. Avant 80% de nos exportations prenaient la route des États-Unis, aujourd'hui c'est environ 70%», a exprimé Simon Prévost, président de Manufacturiers et exportateurs du Québec.
Le dirigeant a expliqué que les fabricants se sont tournés vers l'Europe pour diminuer leur dépendance envers les États-Unis mais que plusieurs pays ont été secoués par une seconde récession.
«Les gens là bas hésitent à dépenser car ils ne savent pas s'ils vont conserver leur emploi», a dit M. Prévost. Il s'attend malgré tout à une amélioration sur le front américain.
Denis Durand croit que les fabricants doivent miser sur le marché asiatique pour palier aux faiblesses des États-Unis et de l'Europe. «Mais ça va être encore difficile pour eux car le dollar canadien est élevé», a-t-il dit.