Simon Lord
Argent
Les fabricants d'uniformes scolaires ont connu une forte croissance depuis dix ans, alors que Britney Spears repoussait les limites de la pudeur chez les jeunes et a forcé plusieurs écoles à imposer un costume. Une dépense coûteuse pour les parents, plaignent certains.
« La question des coûts revient très, très souvent. Pour les parents de milieux moins favorisés, les uniformes peuvent représenter une dépense importante, surtout dans un contexte où la facture du matériel scolaire ne cesse de gonfler », relate Gaston Rioux, président de la Fédération des comités de parents du Québec.
La firme Ernst & Young estime que les dépenses liées à la rentrée scolaire connaîtront une légère croissance d'environ 2,5% cette année au pays par rapport à l'an dernier, même si la période de magasinage s'est entamée beaucoup plus tôt.
Un uniforme constitué d'un pantalon et d'un polo peut coûter environ 50$. À cela s'ajoute souvent un costume d'éducation physique, qui ajoute un autre 25$ à la facture.
De plus en plus d'écoles imposent le port d'un uniforme, constate Gaston Rioux. Les raisons invoquées sont très variées. « Certains établissements sont inquiets de l'hypersexualisation chez les jeunes et veulent freiner la tendance. D'autres veulent empêcher les étudiants de porter des chandails avec des images ou slogans violents », dit-il.
Une croissance qui profite aux entreprises
Les fabricants d'uniformes sont les premiers à profiter de cette tendance. L'entreprise québécoise Flip Design, fondée en 1993 à Drummondville, fabrique depuis huit ans des uniformes scolaires pour une trentaine d'écoles situées de Gatineau à Montmagny.
Flip Design a connu une croissance annuelle de 10% depuis 2009. Elle vend ses produits à plus de 25 000 élèves à chaque année.
« Nous ajoutons cinq écoles à notre liste de clients chaque année. Nous ne pouvons satisfaire la demande. Nous refusons des clients et avons une liste d'attente », illustre Caroline Marois, copropriétaire de l'entreprise.
Même son cloche au Groupe Trium, qui fabrique des habits de travail depuis 20 ans, mais aussi des uniformes scolaires depuis quelques années. « Il est clair que c'est un marché profitable qui va continuer de croître. Nous considérons d'ailleurs la décision d'y plonger davantage », explique le porte-parole Allen Gauthier.
Hourra pour le code vestimentaire
Il existe des alternatives qui permettent d'économiser et d'éviter que les écoliers se vêtissent de manière inappropriée, insiste Gaston Rioux.
« Plutôt que d'imposer un uniforme complet incluant les souliers et les pantalons, une école peut proposer un polo, ou un t-shirt, seulement », explique-t-il. Le code vestimentaire est une autre possibilité. Il permet d'encadrer la tenue des étudiants sans imposer de coûts supplémentaires aux parents.
Les fabricants d'uniformes insistent toutefois sur le fait que l'achat de leurs produits n'impose pas de fardeau supplémentaire aux parents.
« Nos vêtements sont faits au Québec et ont une durée de vie de trois ans. Par ailleurs, ils sont à la mode. On ne parle plus de l'uniforme brun de 1970 avec la cravate. On évite alors d'avoir à acheter du linge griffé, plus dispendieux que nos produits, puisqu'on peut porter ceux-ci après l'école », illustre Caroline Rioux.
Elle ajoute que les uniformes peuvent aussi être revendus dans les friperies organisées par les écoles ou passés à la prochaine génération.
« D'ailleurs, disons que je vends pour 40 000$ d'uniformes à une école, l'année d'après, je n'en vends que 20 000$ », raconte Mme Marois.