Stefania Moretti
Agence QMI
Plusieurs médias sociaux préparent leur entrée en Bourse, mais les estimations astronomiques de leur valorisation inquiètent certains spécialistes qui redoutent la formation d’une nouvelle bulle internet.
L’éventualité de l’introduction sur le marché de Facebook, Twitter, LinkedIn ou Groupon est quelque chose de « très excitant », a indiqué Neil Manji, analyste chez PricewaterhouseCoopers (PwC). « Ces compagnies ont véritablement changé notre façon d’interagir les uns avec les autres. »
Mais M. Manji, comme beaucoup d’autres observateurs, craint que le mastodonte Facebook ne soit pas à la hauteur des 50 milliards auxquels on le valorise.
« Ce qui me préoccupe, c’est qu’on est en train de voir le même genre de choses auxquelles on a assisté en 2001 », a ajouté Neil Manji, faisant référence à l’éclatement de la bulle internet.
À l’époque, le cours des actions de nombreuses compagnies spécialisées dans le domaine d’internet avait connu une chute brutale après une décennie de croissance exponentielle. Cette dégringolade avait provoqué un ralentissement économique aux répercussions mondiales.
Il ne fait pas de doute que les médias sociaux ont séduit des millions d’individus. Facebook compte 500 millions d’utilisateurs, Twitter en revendique 200 millions et LinkedIn dit en avoir 50 millions, tout comme Groupon.
« La question est de savoir si ces entreprises peuvent transformer tout cela en profit. Personne, pour le moment, n’a pu consulter leurs états financiers », a rappelé M. Manji.
La banque Goldman Sachs se montre en tout cas confiante pour ce qui est de Facebook.
Le plus populaire des réseaux sociaux pourrait lancer son premier appel public à l'épargne début 2012 après avoir levé 1,5 milliard $ avec l’aide de Goldman Sachs et de Digital Sky Technologies. La valorisation de Facebook à 50 milliards $ met la compagnie au niveau de géants comme Boeing ou Target qui, eux, ont de solides références en matière boursière.
Les analystes estiment qu’en 2010, Facebook a réalisé 2 milliards $ de recettes, mais il ne sera pas possible d’être certain de ce chiffre avant que la compagnie publie ses résultats, ce qui ne devrait pas avoir lieu avant mai 2012.
Les analystes s’attendent à ce que Groupon (valorisée entre 6,4 milliards $ et 7,8 milliards $), Twitter (3,7 milliards $) et LinkedIn (2 milliards $) lancent eux aussi un premier appel public à l’épargne, mais selon Neil Manji, il n’y aura pas forcément de place pour tout le monde.
« Ma principale crainte, c’est que ces compagnies finissent par se regrouper », a-t-il expliqué.
M. Manji pense aussi que les investisseurs sauront tirer les leçons du passé et ne prendront pas de risques aussi élevés que dans les années 90. Reste qu’une ambiance « casino » pourrait tout à fait s’installer et échauffer les esprits au moment de l’introduction en bourse des uns et des autres.
Un scénario typique verrait le cours des actions monter en flèche pendant les premiers jours avant une phase de revente massive de titres par des investisseurs désireux de réaliser un bénéfice le plus vite possible.