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Michel Munger
Argent
L'incertitude économique pèse lourd alors que la campagne électorale québécoise s'amorce. Des enjeux comme l'endettement des consommateurs et les finances publiques risquent d'attirer l'attention.
D'un côté, les consommateurs ont des dettes moyennes qui dépassent 150% du revenu disponible. Les avertissements se multiplient aussi sur le risque d'éclatement d'une bulle immobilière.
Ces questions méritent d'être débattues, estime Jean Lortie, secrétaire général de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).
«Les plus grands actifs [du Québécois moyen] sont le condo et la maison, souligne-t-il. Une bulle immobilière restreint l'accès à la propriété et affaiblit la classe moyenne.»
Cette inquiétude est justifiée, fait remarquer Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec. Les consommateurs n'ont plus la marge de manoeuvre qui leur a permis de stimuler l'économie lors de la dernière récession.
«Les ménages sont endettés, peut-être endettés au-delà de leur capacité, dit-il. Les gouvernements commencent à élever les tarifs et les taxes de vente [afin de financer leurs dépenses et d'équilibrer les comptes], ce qui fait de l'argent de moins dans leurs poches.»
L'état des finances publiques est d'ailleurs une préoccupation des chefs d'entreprise rencontrés par M. Dorval lors d'une récente tournée.
«La plus grande crainte du milieu des affaires est que différents groupes se fassent promettre de nouvelles dépenses que nous n'avons pas les moyens de payer. La population manque de sensibilité sur des enjeux à long terme comme la responsabilité économique et fiscale.»
La nervosité des entrepreneurs est palpable, avertit la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI). Son baromètre des affaires de juillet indique que le niveau d'optimisme des PME est à son plus bas depuis l'été 2009.
Le gouvernement, indique Yves-Thomas Dorval, doit retourner à l'équilibre budgétaire afin de pouvoir investir dans la santé, les régimes de retraite et les infrastructures. Il doit aussi freiner la croissance des taxes sur la masse salariale.
À la CSN, Jean Lortie craint toutefois que les finances publiques ne dament le pion au développement de l'économie.
«Sommes-nous, demande-t-il, un État obsédé par l'équilibre budgétaire ou un État qui accompagne dans le développement, la formation de la main d'œuvre, l'investissement et le développement des régions ?»
Selon M. Lortie, Québec doit mettre de l'avant des politiques industrielles afin de répondre à ces préoccupations. «Va-t-on extraire nos ressources naturelles à bon marché et les envoyer à d'autres pays, qui vont nous les renvoyer en produits transformés ?»
Un débat gauche-droite
Les solutions proposées de part et d'autre mènent à une radicalisation entre la gauche et la droite, estime Marc Van Audenrode, professeur à l'Université de Sherbrooke et associé directeur du Groupe d'analyse.
D'un côté, on prône la gratuité des services et une hausse des redevances minières. De l'autre, on vante la réingénierie de l'État et le Plan Nord.
Dans ce contexte, les réformes nécessaires afin d'équilibrer les finances risquent d'êtres oubliées, lance-t-il. «J'espère que nous reviendrons à ces questions. Le problème est structurel et fondamental avec les dépenses de santé. L'économie est soutenue à bout de bras par les dépenses d'infrastructures.»