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Bell assure que l'achat sert la concurrence
Michel Munger
Argent
L'achat du diffuseur Astral (ACM.A) par Bell (BCE) fait l'objet d'une campagne de la part de trois fournisseurs de télécoms qui espèrent faire bloquer la transaction.
Les PDG de Cogeco Câble (CCA), Eastlink et Québecor (QBR.B) publient mardi une lettre ouverte en pleine page dans les principaux quotidiens francophones et anglophones du Canada. Ils ont aussi mis sur pied le site ditesnonabell.ca pour inviter la population à réagir.
Le trio d'entreprises tente de convaincre le public et le gouvernement fédéral que la transaction de 3,4 G$ sera néfaste pour la concurrence. Ils font valoir que Bell détiendrait 79 chaînes de télé, 107 stations de radio et 100 sites Web.
À 38%, sa part de marché en télé serait 50% supérieure à celle des géants américains, japonais, britanniques, australiens, français et russes.
Selon eux, Bell aurait le pouvoir de hausser les tarifs de ses chaînes populaires, telles que RDS et TSN. Ils avancent aussi que Bell pourrait faire de l'abonnement à d'autres services une condition d'accès à leurs émissions préférées.
«Peu de puissances économiques majeures ont permis aux diffuseurs privés d'acquérir une part aussi importante de l'auditoire, indique Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor. Le Canada rejoindrait ainsi le Brésil, le Mexique et l'Italie en laissant un aussi haut degré de concentration [se matérialiser] au sein d'une seule entreprise.»
Louis Audet, grand patron de Cogeco, a balayé du revers de la main l'argument selon lequel Bell ne fait que calquer le modèle d'affaires de Québecor au Québec.
Selon lui, une saine concurrence existe dans la province. «TVA détient à peu près le tiers du marché, Astral en a environ le tiers, Radio-Canada, V et les autres ont l'autre tiers.»
«La problématique est canadienne, ajoute Pierre Karl Péladeau. Elle concerne un distributeur qui est aussi important au Canada anglais qu'au Canada français. Une seule entreprise aurait une emprise aussi forte sur les deux marchés.»
Le pouvoir de négociation de Bell en télévision est déjà une menace, renchérit Louis Audet. «Les négociations [pour la distribution de chaînes] ont été pleines de tentatives de nous faire acheter du contenu de façon forfaitaire […] et de nous faire payer davantage.»
À son avis, aucune réglementation ne répondra à ces préoccupations. «Si vous essayez de lui attacher les pattes, dit M. Audet, ça ne fonctionne plus. Bell est rendue trop grosse.»
Trop tard ?
Le CRTC tiendra son audience publique sur la transaction le 10 septembre. Bell s'attend à avoir son feu vert, ainsi que celui du Bureau de la concurrence, en octobre.
Cogeco, Québecor et Eastlink s'y prennent-elles trop tard avec leur campagne ?
«La question est tablée et elle est facile à comprendre, répond Louis Audet. Notre information […] est limpide et non partisane. Tous les Canadiens l'auront comprise d'ici quelques jours. La question n'est pas de savoir si la campagne durera assez longtemps. Il faut que les Canadiens inquiets se manifestent. Les autorités réglementaires n'auront rien décidé avant octobre ou novembre et c'est bien ainsi.»