Michel Munger
Argent
L'abattoir Levinoff-Colbex, qui a fermé ses portes en mai, a surpayé pour l'achat de bêtes pendant ses derniers mois d'activité, et ce malgré sa situation déficitaire.
Selon des documents auxquels le journal La Vie Agricole a fait référence le 4 décembre, et dont Argent a obtenu copie, des transactions anormales ont eu lieu.
Par exemple, au début de février 2012, six bêtes de catégories variées ont été achetées par Levinoff-Colbex à 1,38 $ la livre-carcasse, pour un total de 4120 $. Or, le prix conforme à la réglementation de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec oscillait de 1,14 $ à 1,36 $ la livre. L'abattoir a donc surpayé 262 $.
Des sources proches du dossier affirment qu'il s'agit de «la pointe de l'iceberg». Le consommateur n'en ferait toutefois pas les frais parce que les prix sont fixés lors des transactions de grossistes. L'intérêt d'une surfacturation n'est donc pas clair, surtout pour l'abattoir.
Levinoff-Colbex a été fermé et mis sous séquestre par le cabinet RSM-Richter, en mai. Il était sous contrôle de la Fédération des producteurs de bovins du Québec, qui a déboursé 62,5 M$ pour l'acquérir en 2006. L'installation a souffert des misères du marché des vaches de réforme - vendues à la fin de leur «carrière» laitière - en raison de la crise de la vache folle.
À la Fédération des producteurs, la porte-parole Sonia Dumont ne nie pas que les achats sont inhabituels. «C'est une facture qui démontre simplement un non-respect [des règles]. Il en survient dans plein d'autres secteurs de l'agriculture et la fédération est toujours intervenue.»
«Nous ne sommes pas devant un cas de fraude, assure Mme Dumont. Ce que nous pouvons supposer, c'est qu'il y a eu un bris de convention. Lorsque c'est le cas, le dossier est réglé devant la Régie. Il y en a des centaines dans le milieu agricole, ça ne se produit pas seulement avec les bovins.»
«Nous sommes ouverts à collaborer à toute enquête sérieuse, ajoute la porte-parole. Que l'on nous amène des preuves [d'un stratagème] et nous agirons. C'est notre mandat de nous assurer que la mise en marché soit efficace et équitable pour les producteurs.»
Pas encore d'enquête
La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec n'a pas encore enquêté sur le dossier, explique la porte-parole Marie-Claude Sirois.
«La Régie n'a pas été saisie spécifiquement, précise-t-elle, mais il y a une séance publique prévue le 12 décembre. Une demande d'enquête a été faite en vertu de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche. Il est possible que le dossier soit traité.»
Il reste toutefois à voir si l'autorité provinciale est capable d'imposer des sanctions. «Pour des cas similaires, indique Mme Sirois, la Régie avait le pouvoir de faire des ordonnances et d'imposer des pénalités monétaires, mais il y a eu des contestations. Ce pouvoir est remis en question.»
La Régie ne s'attend pas à un déblocage à cet égard avant un an.