Régys Caron
Agence QMI
Les terres agricoles du Québec sont convoitées à la fois par la convoitise des financiers qui veulent s'enrichir et des municipalités qui réclament du « dézonage » pour accueillir de nouveaux arrivants.
« Il y a énormément d'investisseurs qui achètent nos terres pour en tirer un gros profit plus tard. C'est pas une bonne chose parce quand tu ne détiens pas le sol, tu ne l'améliores pas. Ce sont de hauts financiers qui mettent la main sur les terres agricoles parce qu'ils prévoient qu'il y aura de plus en plus de monde à nourrir dans l'avenir », expose Laurent Leblanc, producteur avicole à Saint-Hyacinthe.
L'ampleur du phénomène demeure inconnue au Québec, révèle une étude de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), livrée en mars 2012 pour le compte des l'Union des producteurs agricoles (UPA). « Ce n'est pas parce qu'il n'existe actuellement aucune donnée substantielle sur le phé¬nomène au Québec qu'il n'existe pas », prévient l'IREC.
Les terres agricoles sont devenues des actifs alléchants pour les gestionnaires de fonds et les banques. En mars 2010, un reportage diffusé dans les principaux médias québécois révélait que des investisseurs chinois convoitaient 40 000 hectares de terres agricoles au Québec, ce qui correspondrait à 1,2 % de la superficie totale des fermes au Québec.
Rendements désirés
Il existe au Québec au moins un fonds d'investissement privé en terres agricoles, la société en commandite AgriTerra, qui procède à une levée initiale de capitaux visant à donner à ses gestionnaires la capacité d'acquérir des terres agricoles afin de satisfaire les investisseurs.
L'objectif premier de ce fonds est « de générer des rendements à long terme provenant des revenus de location et de l'augmentation de la valeur des terres détenues », a écrit l'IREC.
L'UPA souhaite la création d'un Bureau d'enregistrement et de surveillance dont le mandat serait de répertorier et autoriser toute transaction impliquant les terres agricoles ayant un droit de préemption.
Dézonage
Par ailleurs, les maires de la Montérégie en ont contre le Plan métropolitain déposé par le ministère des Affaires municipales qui est venu mettre un frein au « dézonage » agricole.
L'intention gouvernementale est de limiter l'étalement urbain en périphérie de Montréal et de densifier les zones urbaines. Plusieurs municipalités ont vu leurs projets d'expansion bloqués.
« Il y a une réaction contre le plan métropolitain, témoigne Francine Morin préfet de la MRC Les Mascoutins. Nous sommes une MRC péri-métropolitaine et il y en a plusieurs autres (...) Les villages veulent survivre, quand il n'y a pas de développement dans un village c'est l'école qui est en danger... Ce qui inquiète les maires c'est le fait de ne plus pouvoir se développer. Pour conserver ce qu'ils ont, ils demandent du dézonage agricole. »
« Il faut faire attention parce que les terres agricoles sont nécessaires pour nourrir la population. Il faut être prudent », objecte Laurent Leblanc. Certains maires en demandent trop », dit-il.