Jean-François Cloutier
Argent
Alors que l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Moyen-Orient s’inquiètent de la confidentialité des informations que leurs citoyens transmettent sur BlackBerry, les Canadiens sont souvent ignorants des dangers auxquels ils s’exposent en utilisant leurs appareils sans fil.
Les téléphones cellulaires ont déjà permis de sauver des vies en permettant de retrouver des conducteurs égarés et des enfants perdus, mais ils ont aussi des effets pervers sur la vie privée des consommateurs qui se retrouvent de plus en plus susceptibles d’être repérés pour des raisons indésirables, selon l’expert indépendant en technologie, Carmy Levy.
En entrevue à Argent, M. Levy souligne que la multiplication des appareils intelligents dotés d’un système de géolocalisation va contribuer à accentuer un problème déjà préoccupant de privauté des renseignements transmis sur les appareils sans fil.
«Il y a deux ou trois ans, presque aucun téléphone cellulaire n’était doté d’un système GPS. À l’heure actuelle, la quasi-totalité des nouveaux appareils est dotée d’un GPS, et il faut s’attendre à ce que de nouveaux services viennent s’ajouter pour tirer parti de cette technologie », explique M. Lévy.
Les fournisseurs de téléphones cellulaires sont déjà capables de repérer leurs clients dans un rayon de 100 mètres en raison du signal émis par leurs appareils à leurs tours disséminées un peu partout sur le territoire.
Le cellulaire, un véritable radar
Le GPS devrait rendre la chose encore plus facile et ouvrir la porte à un usage plus généralisé de ce genre d’information par des tiers, comme des employeurs ou encore des proches, selon M. Levy.
Par exemple, des consommateurs pourraient obtenir de l’information de la part d’entreprises dont ils se trouvent proches s’ils en font la demande, mentionne M. Levy. Déjà, des employeurs insèrent un appareil sans fil dans leurs véhicules de fonction pour suivre les déplacements de leurs employés.
M. Levy compare la multiplication des GPS à celle des caméras, qui se retrouvent aujourd’hui dans la plupart des appareils au point d’en être banales et qui permettent de filmer à peu près n’importe quoi en direct.
Aux États-Unis, plusieurs fournisseurs offrent déjà des services de géolocalisation de membres d’une famille. Un père de famille peut par exemple suivre les déplacements de son enfant, ou même de sa femme, si celle-ci y consent. Au Canada, il est possible de télécharger des applications donnant le même résultat sur des téléphones intelligents.
Un article du Wall Street Journal relatait d’ailleurs les risques qu’entraîne ce genre de service. Au Texas, un mari s’est servi d’un service offert par AT&T pour retrouver sa femme après qu’il l’eut violenté et qu’elle se fut enfuie. L’entreprise s’est bornée à faire parvenir un message, l’avisant que la fonction de retraçage était activée sur son appareil.
L’industrie doit s’auto-réglementer
À l’Association canadienne des télécommunications sans fil, on se défend toutefois de vouloir divulguer de l’information confidentielle. Le porte-parole, Mark Choma, indique que les services de géolocalisation ne peuvent être offerts qu’à condition que le client y consente par écrit.
Seule la police ou la cour ont autrement le droit d’obtenir des informations privées sur les clients de la part des fournisseurs de services sans fil.
Reste qu’une erreur est vite arrivée. M. Levy s’inquiète en particulier de la compétence des employés de centres d’appels outre-mer, auxquels ont souvent recours les entreprises de télécommunications.
«Le gouvernement fait confiance à l’industrie pour s’auto-règlementer, mais des précédents nous enseignent qu’elle n’y est pas toujours bien parvenue », mentionne-t-il.