Michel Munger
Argent
Qui dit vrai sur les parts de marché en télé dans le cadre de l'achat du diffuseur Astral par Bell ? Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) tranche en faveur des adversaires de la transaction.
Dans son Rapport de surveillance des communications, publié mardi, le CRTC cite les sondages BBM Nielsen pour 2010-11.
Le résultat ? Ensemble, Bell et Astral détiennent 39,7% de l'écoute en anglais au Canada. Une fois ajoutées les chaînes partiellement détenues par Astral, comme Télétoon et HBO Canada, le pourcentage grimpe à 42,8%.
Les deux chiffres sont supérieurs aux 33,5% que Bell mettait de l'avant au début d'août. Selon le rapport du CRTC, ce dernier pourcentage correspond à la part de marché excluant Astral en 2008-09.
En télé française au Québec, la même logique s'applique. Le CRTC estime la part de Bell-Astral à 26,6%, contre les 24% avancés par l'acheteur.
Depuis le lancement de sa campagne, la coalition Dites Non à Bell (menée par Cogeco et Québecor) avance que Bell sous-estime ses parts de marché.
L'entreprise fait une autre lecture du rapport du CRTC.
«Nous avons maintenant la confirmation que la part combinée de Bell-Astral dans l'ensemble des téléspectateurs se situe effectivement sous le seuil de 35% du CRTC», déclare Mirko Bibic, chef des affaires juridiques et réglementaires.
Pourcentage clé
Le débat est crucial parce que la concentration de l'écoute est un critère d'approbation ou de rejet d'une transaction par le CRTC.
Dans une décision rendue en 2008, l'organisme fédéral promet de scruter à la loupe une acquisition qui ferait passer l'écoute à plus de 35%. De plus, une part de 45% et plus signifierait un rejet intégral.
Le CRTC ne peut pas laisser passer l'acquisition d'Astral telle que proposée, estime Iain Grant, analyste au Seaboard Group, un cabinet de consultant en télécoms. «La preuve est incontestable que le CRTC devrait faire quelque chose, raconte-t-il. Nous attendons l'audience publique de la semaine prochaine afin de voir si ce point de vue sera mis de l'avant.»
M. Grant croit qu'avant le lancement de campagnes contre la transaction, les dirigeants de Bell pouvaient espérer qu'elle soit acceptée facilement. Ce ne serait plus le cas aujourd'hui. «Je pense qu'il faut simplement la bloquer, ajoute l'analyste. Il s'agit d'une question de concentration de marché, des voix et de l'influence. Nous avons besoin de diversité ici.»
L'autorité réglementaire pourrait toutefois forcer Bell à vendre quelques stations afin de diminuer sa part d'écoute. Il n'a pas l'habitude d'empêcher les regroupements.
«Rappelez-vous que le CRTC s'est renouvelé, réplique Iain Grant. Il a un nouveau président [Jean-Pierre Blais] qui peut jeter un nouvel éclairage. Il a l'occasion de nous montrer de quoi il est fait.»
Concurrence au Québec
Enfin, soulignons que les chiffres donnent toutefois raison à Bell lorsqu'elle dit se placer en meilleure position afin de concurrencer Québecor en télé française.
Selon le rapport du CRTC, la part de 26,6% de Bell-Astral pour 2010-11 se rapprocherait des 30,5% de Québecor.