Jean-François Cloutier
Argent
Alors que le Parti Québécois envisage de taxer davantage les gens fortunés s'il est élu, des voix s'élèvent pour dire que l'effet de cette mesure pourrait être pernicieux et agir comme un repoussoir pour une main-d'œuvre précieuse et qualifiée.
Dans son cadre financier dévoilé en fin de campagne, le PQ veut augmenter de quatre points de pourcentage l'impôt des particuliers qui gagnent plus de 130 000 $ par année et de sept points de pourcentage l'impôt de ceux qui gagnent plus de 250 000 $.
À terme, dans cinq ans, les contribuables qui gagnent plus de 130 000 $ vont envoyer 610 M$ de plus dans les coffres de l'État, prévoient les péquistes.
En entrevue à Argent, le professeur de fiscalité à l'Université de Sherbrooke Luc Godbout a indiqué que le projet du PQ pourrait coûter plus cher au Québec qu'il ne pourrait lui rapporter.
« Ce ne sont pas les gens qu'on va faire fuir qui m'inquiètent. Ce sont les gens qui risquent de ne pas venir », a-t-il dit.
Au moment où Québec veut plus que jamais attirer des investissements étrangers et favoriser l'implantation de nouveaux sièges sociaux et centres de décision, M. Godbout a dit craindre que des impôts qui pourraient atteindre 55,2% pour un contribuable québécois nanti pourraient peser dans la balance.
« Un entrepreneur français qui pensait venir au Québec, va peut-être envisager l'Ontario », a-t-il dit.
M. Godbout signale qu'il y a seulement 93 000 personnes au Québec qui enregistrent des revenus de plus de 150 000$ par année. Or, ces gens paient déjà 21% du total de l'impôt sur le revenu.
« On a déjà une fiscalité extrêmement progressive et on prend pour acquis qu'elle est injuste », a-t-il déploré.
Le mythe de l'inégalité
Martin Coiteux, professeur d'économie à HEC Montréal, soutient que le Québec, contrairement aux États-Unis, ne fait face à aucun problème d'écart significatif entre les riches et les pauvres. « Depuis 1976, les indicateurs ne montrent aucun accroissement de l'inégalité entre les riches et les pauvres, justement à cause de la fiscalité en place», a-t-il dit.
Selon M. Coiteux, le PQ a importé une idéologie américaine à la Occupy Wall Street qui s'applique très mal à la réalité québécoise. « Le risque, c'est de décourager les gens qui voudraient gagner plus en travaillant davantage », a-t-il dit.
Au Québec, on est considéré comme riches quand on fait plus de 80 000$ par année. Aux États-Unis, quand on parle de classe moyenne, ce sont les ménages gagnant moins de 250 000$ auxquels on pense, a-t-il relevé.
Dans une note économique dévoilée en 2010, l'Institut économique de Montréal a tenté l'exercice de déterminer si les riches payaient leur juste part au Québec. L'Institut concluait que le cinquième des contribuables avec les plus hauts revenus avait gagné 50 % des revenus totaux au Québec, mais avait payé 70 % de l'impôt sur le revenu québécois.