Simon Lord
Argent
Les taux hypothécaires à cinq ans viennent de tomber sous la barre psychologique des 3%, mais les banques n'en parlent pas trop fort, inquiètes de voir leurs profits s'éroder. Une faible demande et des taux obligataires en baisse expliquent cette aubaine.
« Le marché du prêt hypothécaire est au point mort. Malgré un taux spectaculaire, nos activités sont dix fois moins importantes qu'en période forte », illustre Hugo Leroux, président de l'agence hypothécaire Hypotheca.
C'est que la période de trente jours débutant à la mi-juillet est le moins occupé de l'année. Avec les vacances et le beau temps, beaucoup de gens ont la tête à la mer plutôt dans leurs finances. Plusieurs viennent aussi de renouveler leur prêt.
« Beaucoup de Québécois renouvellent leur hypothèque, ou en contractent une, au premier juillet ou peu avant, puisque c'est la date provinciale des déménagements », explique M. Leroux.
Le manque de vigueur dans le marché explique qu'aucune institution financière ne fasse de publicité notable afin d'informer les consommateurs des bas prix offerts. « Ça ne sert à rien, il n'y a pas de clients. C'est comme essayer de vendre des cotons ouatés pendant la canicule », lance Hugo Leroux.
Desjardins dit pour sa part ne jamais faire de la publicité sur ses taux. « Les consommateurs sont bien informés et visitent notre site », dit Francine Blackburn, porte-parole de l'institution.
Kelvin Mangaroo, président Ratesupermaket.ca estime que les institutions financières « attendent de voir si la baisse des taux aura un impact significatif sur leurs profits avant de lancer une campagne de publicité ».
Le président danse le Twist
Plusieurs sites web canadiens recensent les taux hypothécaires qui sont réellement en vigueur dans le marché, comme Ratesupermarket.ca ou Monstermortgage.ca. Selon leurs données, les taux fixes fermés à cinq ans oscillent actuellement en moyenne autour de 2,99% au Québec, contre 2,88% au Canada anglais.
Plusieurs banques affichent pourtant encore leurs taux fixes à cinq ans à 5,24%. Certaines ont des promotions qui offrent jusqu'à 3,99% ou 2,99%, selon les conditions.
Les taux étaient environ à ce niveau au début du printemps, rappelle Hugo Leroux. Ils avaient progressé de 0,10% ou 0,20%, pour ensuite retrouver leur niveau initial, il y a quelques semaines.
Le recul des taux est lié en partie à l'Opération Twist, lancée il y a plusieurs semaines par la banque centrale américaine. Celle-ci visait à remplacer des obligations à court terme qu'elle détenait par d'autres à plus long terme, faisant augmenter le prix de ces dernières et diminuer le taux d'intérêt à plus long terme.
« Par ailleurs, les incertitudes économiques mondiales poussent les gens à investir dans les obligations canadiennes, perçues comme un refuge. Cela contribue aussi à la baisse des taux obligataires », dit Kelvin Mangaroo.
Les taux sur les obligations ont un impact important sur le marché hypothécaire. Les deux varient généralement en parallèle.
Une offre à durée limitée
Si les taux restent faibles jusqu'en septembre, l'activité reprendra, estime M. Leroux. Mais pour éviter de prendre une chance, les gens intéressés à acheter une maison au cours de l'automne devraient avoir recours à la préautorisation hypothécaire, suggère-t-il.
Il est ainsi possible de poursuivre son magasinage tout en ayant un taux hypothécaire gelé pour une période allant jusqu'à six mois, dit-il.