Simon Lord
Argent
Les groupes environnementaux ne sont pas impressionnés par la stratégie énergétique nationale de l'Institut canadien de politique énergétique (ICPE), publiée jeudi. Le fait que celle-ci chante essentiellement en chœur avec l'industrie constitue, selon eux, un pas dans la mauvaise direction.
« Au fond, leur stratégie vise à éliminer les obstacles à la production d'énergie, ou plutôt, de pétrole provenant des sables bitumineux. La symbolique est forte. L'institut lançait son rapport à Calgary, la capitale canadienne des hydrocarbures », dit André Bélisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA).
Le « Cadre pour une stratégie énergétique canadienne » de l'ICPE, vise, comme son nom le suggère, à établir une stratégie pour le secteur qui lui permette de devenir un chef de file dans le domaine de l'énergie. Un des points qui figure au haut de la liste: une réforme de la réglementation.
« Le cadre réglementaire au Canada s'apparente à un labyrinthe qui est un véritable obstacle à l'investissement », a dit Gerry Protti, vice-président de l'ICPE, en conférence de presse diffusée sur le web.
L'organisme cite en exemple des conflits entre les champs de compétence fédéraux et provinciaux et des chevauchements de rôles. Selon M. Protti, ces frictions créent des incertitudes qui menacent la compétitivité du Canada.
L'AQLPA n'est pas d'accord. « Le Premier ministre Harper a mis la hache dans la réglementation. On en a coupé la moitié. Je ne crois pas qu'il s'agisse du chemin à prendre », dit André Bélisle.
Vœux pieux pour l'environnement?
Le Canada se doit d'atténuer les impacts environnementaux et d'améliorer la productivité de l'industrie en innovant davantage, assure l'ICPQ dans son rapport. La promotion de la litératie et de la conservation énergétique doit aussi être accrue.
« L'innovation, on en parle depuis trente ans. Ça permet d'extraire plus de ressources, mais ça va rarement dans le sens d'un environnement plus propre », dit M. Bélisle.
L'ICPE estime que le Canada doit aller de l'avant avec une politique nationale de gestion du carbone. Aucun système précis n'est proposé. L'organisme recommande plutôt l'organisation d'une série de rencontres régionales au cours de l'année. Celles-ci permettraient d'élaborer un cadre de gestion du carbone.
« C'est de la rhétorique, de la bouillie pour chat. La gestion du carbone, ce n'est qu'un leurre. Le Canada a augmenté ses émissions de dioxyde de carbone de 25% depuis 1990, malgré des promesses de réduction. Ce n'est pas pour rien qu'Ottawa s'est retiré du Protocole de Kyoto », dit André Bélisle.