Simon Lord
Argent
Quelques entreprises internationales, comme des détaillants, refusent toujours d'offrir un site web en français à leurs clients de la province. Une pratique qui agace l'Office québécois de la langue française (OQLF) et qui coûte cher aux entreprises, autant en argent qu'en image.
« Dans un marché où quatre personnes sur cinq parlent français, disons que ce n'est pas une excellente stratégie de marketing », estime Anik St-Onge, chercheure à la Chaire de relations publiques et communication marketing de l'UQAM.
En moyenne, l'OQLF reçoit 3 500 plaintes par année reliées au respect de la Charte de la langue française. De ce nombre, 10 % concernent les sites web. En général, 2 % des dossiers traités par l'OQLF sont portés devant les tribunaux. Les amendes pour une première offense vont de 2 500$ à 20 000$.
La Charte de la langue française indique que « les catalogues, les brochures, les dépliants, les annuaires commerciaux et toute autre publication de même nature doivent être rédigés en français ». S'il veut avoir pignon sur le web au Québec, un commerçant doit donc offrir son site web en français.
« Nous sommes conciliants. Nous demandons aux entreprises ayant un site unilingue anglophone de s'engager à le traduire et à nous fournir un plan d'action. Entre-temps, ils peuvent garder ouvert leur portail anglais. Malgré cela, un petit noyau d'irréductibles préfère passer sous le radar du web québécois », dit Martin Bergeron, porte-parole de l'OQLF. Urban Outfitters fait partie de ceux-ci.
Toujours rien après trois ans
En 2009, Urban Outfitters était la cible d'une plainte à l'OQLF. Depuis, la page d'accueil du site indique que « des contraintes linguistiques nous obligent présentement à fermer notre site Internet au Québec », mais que « nous travaillons à l'addition d'une composante bilingue afin de mieux servir notre clientèle francophone ».
Le message en anglais adopte toutefois un ton différent. L'entreprise montre du doigt « la Charte de la langue française », ou Loi 101, plutôt que d'évoquer de vagues « contraintes linguistiques ». Et plutôt que de travailler « à l'addition d'une composante bilingue », Urban Outfitters indique seulement « étudier » la possibilité.
Faute d'offrir un penchant francophone, le Club Monaco n'a lui aussi aucun portail web dans la province.
Au moment de publier, aucun des deux détaillants n'avait répondu aux appels d'Argent.
Gardez vos produits, je garde mon argent
Les gens s'identifient aujourd'hui beaucoup aux marques et sont de plus en plus présents sur Internet. Plus de 70 % des québécois magasinent en ligne, selon le Centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations (CEFRIO).
« Une entreprise qui fait fi de cette réalité risque de voir ses clients lui tourner le dos », assure Anik St-Onge. Il ne s'agit pas d'une situation hypothétique.
En 2010, Catherine Bélanger, ex-cliente d'Urban Outfitters, a inscrit 1763,05$ de dépenses chez le détaillant sur sa carte de débit. En ajoutant les achats payés comptants, le chiffre passe à plus de 2 000$. Mais depuis l'an dernier, elle n'y a pas remis les pieds.
« Le fait qu'ils n'aient aucun site en français me dérange en tant que cliente. S'ils n'offrent pas de portail pour nous, les acheteurs du Québec, c'est probablement qu'on n'est pas assez importants à leurs yeux. Ça manque de respect », dit Mme Bélanger.
Une connaissance de Catherine Bélanger, qui travaille en traduction, a d'ailleurs proposé l'an dernier à l'entreprise de traduire son site. Elle attend toujours un retour d'appel.