Carl Renaud
Argent
Rona (RON) n'écarte aucune avenue pour améliorer sa rentabilité et satisfaire l'appétit de ses actionnaires les plus impatients. Le quincaillier va passer en revue l'ensemble de ses activités au cours des prochains mois et vendre des actifs non stratégiques.
Ces mesures s'inscrivent dans le nouveau plan d'affaires de la chaîne, axé sur trois priorités stratégiques. Dominique Boies, le président et chef de la direction par intérim, qui a succédé à Robert Dutton le mois dernier, envisage même de se départir de certains magasins. Les grandes surfaces, symbole de l'expansion de la chaîne au pays, pourraient même être sacrifiées sur l'autel de la profitabilité.
«Notre réseau de grandes surfaces est moins performant en Ontario. [On doit déterminer] dans quel format de magasin on va évoluer dans le futur. Des choix devront être faits», a exprimé Dominique Boies, lors d'une rencontre avec des journalistes, jeudi à Montréal.
Les filiales de produits de plomberie ou de ventilation et de chauffage pourraient aussi être classées du côté des actifs non stratégiques même si les bannières Done Park et Noble ont du succès.
Rona va dévoiler en février, lors de la publication de ses résultats financiers, quels actifs seront éliminés de son vaste portefeuille. Les sommes recueillies seront réinvesties dans l'entreprise et possiblement distribuées en partie aux actionnaires.
Après deux décennies de croissance, marquées par la consolidation du marché canadien de la quincaillerie, Rona veut optimiser sa performance. «C'est ce que veulent les actionnaires», a dit M. Boies, précisant que son mandat est de mettre l'accent sur la rentabilité.
Le nouveau plan d'affaires du détaillant ne mise pas uniquement sur les ventes d'actifs. Il comporte trois priorités stratégiques. Capitaliser sur les forces des activités stratégiques, accélérer la croissance dans les segments clés et maximiser la rentabilité d'un modèle d'affaires simplifié.
Si ce plan fonctionne, un nouveau Rona fera son apparition dans le Canada inc., plus rentable et probablement plus petit. Le conseil d'administration de Rona a approuvé les nouvelles stratégies de la direction, lundi. M. Boies et son équipe doivent maintenant parcourir le pays pour les vendre aux actionnaires.
Est-ce suffisant pour rallier les intérêts des marchands propriétaires, des actionnaires impatients en faveur de l'offre d'achat de l'américain Lowe's et des autres, adeptes de la valeur à long terme?
L'ancien courtier, Julien Béliveau, est loin d'en être convaincu. «Le problème, c'est qu'il y a une diversité d'intérêts qui est difficile à concilier. Il y a les marchands et les grandes boites», a-t-il dit.
«Il y en a pour tout le monde dans notre plan. S'il y a des conflits, ils seront liés à la vitesse à laquelle [les changements peuvent] se produire», a analysé le jeune patron de 40 ans.
Rona opère 800 magasins au pays, des établissements corporatifs, franchisés et affiliés. À 12h44 jeudi, quelques heures après le dévoilement du nouveau plan d'affaires de Rona, le titre de la société grimpait de 3,25% à 10,48$ en Bourse.
Rona lorgnait Lowe's
Dominique Boies a réitéré que Lowe's (LOW)
n'a pas soumis une nouvelle offre d'achat depuis la proposition de près de 1,8 G$, présentée l'été dernier au conseil d'administration. La chaîne américaine ne serait même pas revenue à la charge après le départ de Robert Dutton, l'ancien grand patron opposé à la transaction.
Julien Béliveau est convaincu que Lowe's veut toujours mettre la main sur des actifs de Rona. Il croit cependant que seules les grandes surfaces intéressent le détaillant américain. «Je ne pense pas qu'il soit vraiment intéressé aux franchisés ou aux petits distributeurs», a-t-il dit.
M. Boies a par ailleurs expliqué qu'initialement, c'est Rona qui devait acquérir les établissements canadiens de Lowe's. «Il y a eu des discussions en 2011 à la demande de Lowe's parce qu'il y avait trop de capacité dans le marché. On voulait faire quelque chose de profitable pour tout le monde», a mentionné le dirigeant.
Ironiquement, la transaction ne s'est jamais concrétisée et l'offre de Lowe's a plongé Rona dans une crise sans précédent en plus de provoquer le départ de Robert Dutton.