Carl Renaud
Argent
Le gouvernement n'a pas demandé à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) d'accroître sa participation dans Rona
(RON) pour empêcher la prise de contrôle du quincaillier américain Lowe's. Le patron de la Caisse l'a affirmé mardi lors d'une rencontre de presse portant sur la nouvelle stratégie d'investissement de l'institution.
«Personne ne m'a appelé sur le téléphone rouge pour me dire achète Rona», a commenté Michael Sabia. Le dirigeant a expliqué que la Caisse voulait envoyer le message qu'il n'était pas question que le quincaillier soit vendu à rabais.
Le 31 juillet dernier, jour où Rona a révélé avoir reçu une offre non-sollicitée de près de 1,8 G$ de Lowe's, la Caisse de dépôt a acheté 2,4 millions d'actions du quincaillier pour porter sa participation dans l'entreprise à plus de 14%.
«Un tel niveau de contrôle rend techniquement improbable une prise de contrôle hostile. Plusieurs observateurs ont cru que le geste de la Caisse avait été commandé par le gouvernement Charest, qui avait publiquement manifesté son opposition à la vente du fleuron québécois.
« «Nous avons fait beaucoup de travail avec Rona dans le passé. Nous connaissons la valeur potentielle de cette compagnie», a expliqué M. Sabia. C'est donc pour sécuriser son investissement que la Caisse a choisi d'hausser sa mise.
«Pour la même raison, la Caisse a récemment choisi de faire équipe avec le fonds Invesco dans le but renouveler le conseil d'administration. Ils ont sélectionné ensemble une brochette d'administrateurs qui vont graduellement s'installer à la table du conseil d'administration, au cours des prochains moins. Leur mandat est d'améliorer la rentabilité de Rona.
Toujours confiante envers SNC-Lavalin
Michael Sabia a profité de l'événement pour renouveler la confiance de la Caisse envers SNC-Lavalin (SNC) malgré les déboires qui ont frappé l'entreprise au cours des derniers mois.
La Caisse veut demeurer actionnaire de SNC-Lavalin car la société a beaucoup de potentiel à long terme. «Mais la nouvelle direction doit faire le ménage car cette compagnie est hors contrôle», a expliqué M. Sabia.
Le patron de la CDPQ a déclaré que l'organisation aurait liquidé ses actions si elle avait perdu confiance envers son investissement dans la firme d'ingénierie. Au 31 décembre 2011, l'investissement de la Caisse dans SNC-Lavalin se chiffrait à 453 M$.
Un tournant vers le rendement absolu
Les gestionnaires de la Caisse ont décidé de modifier leur stratégie d'investissement, en adoptant l'approche du rendement absolu. Cette démarche permettra à l'organisation de s'affranchir de la volatilité des marchés boursiers et de répondre aux besoins de ses déposants. En gros l'institution misera sur le rendement à long terme plutôt que sur la performance à court terme.
«Nous sommes un investisseur à long terme», a martelé à plusieurs reprises Michael Sabia. L'approche absolue va amener la CDPQ à acquérir et conserver à long terme des participations dans des sociétés de qualité, privées ou publiques.
Le travail est déjà amorcé puisque la Caisse a lancé un nouveau portefeuille à cette fin au début janvier. Le portefeuille Actions Qualité mondiale vaut déjà quelques centaines de millions. On y retrouve des sociétés telles que Nestlé, Procter & Gamble, Colgate Palmolive Heinz et le Canadien National. D'ici la fin de 2014, la Caisse veut qu'environ 10% de son actif, environ 16 G$, se trouve dans ce portefeuille.
«Nous allons nous éloigner des indices pour faire mieux que les indices mais ça va prendre quelques années», a expliqué Roland Lescure, chef des placements de la Caisse. Il a précisé que le rendement absolu s'applique aussi aux placements privés, aux infrastructures et à l'immobilier.