Michel Munger
Argent
Le géant des communications Rogers (RCI.B) ferme huit sites Web, dont plusieurs rattachés au portail Branchez-Vous, abolissant une vingtaine d'emplois.
Chez Branchez-Vous, les marques touchées sont Info Matin, Info Techno et Showbizz.net. Les sites Sweetspot.ca et Canadian Parents font aussi partie des compressions.
Les sites Web disparaissent parce que leur contenu ne peut pas s'intégrer suffisamment au reste du groupe, explique Manon Leduc, porte-parole de Rogers Media.
«Malheureusement, les sites qui sont des joueurs solitaires ne font plus partie de la stratégie, précise-t-elle. Rogers veut concentrer son attention sur le multiplateformes et l'intégration, avec les marques existantes.»
Rogers n'abandonne toutefois pas complètement BV Media, maison-mère de Branchez-Vous acquise pour 25 M$ en 2010. Elle conserve son réseau, ses actifs et son effectif de ventes.
Si l'on relit l'annonce faite en 2010, Rogers indiquait que «BV Media possède une vaste gamme de solutions publicitaires que nous intégrerons à notre actuel éventail de produits touchant les médias numériques».
«La décision ne nous empêche pas d'investir au Québec», assure toutefois Manon Leduc.
Mme Leduc affirme que l'entreprise tentera d'offrir de nouveaux postes à la vingtaine de personnes touchées. «Ce sont des employés extraordinaires et nous cherchons à les replacer.»
D'autre part, les sites de Branchez-Vous avaient recours à plusieurs rédacteurs pigistes qui voient un autre débouché disparaître.
Peu rentable
La diffusion de contenu sur Internet est une activité difficile pour tout le monde, soutient Daniel Giroux, secrétaire général du Centre d'étude des médias de l'Université Laval.
«La publicité ne se vend pas de la même manière que chez les médias classiques, rappelle-t-il. Le commanditaire paie seulement pour les pages vues. D'autre part, un média spécialisé est intéressant pour le lecteur, mais il est difficile de trouver des annonceurs si le public visé est trop restreint.»
De plus, M. Giroux indique que la division Rogers Media est difficile à rentabiliser pour le géant des télécoms. «Un grand média peut s'appuyer sur des journalistes qui font aussi autre chose, comme de l'imprimé ou de la télé. Ils peuvent se permettre d'attendre qu'un site fasse ses frais.»
Le ton a changé sur Internet, qui était vu comme un eldorado dans les années 1990, signale l'analyste Claude Thibodeau. «Le buzz a déjà été dans la création de portails mais ce n'est pas encore l'avenir. La Presse peut faire vivre Cyberpresse mais l'inverse n'est pas vrai.»
La diversification à outrance des groupes de médias n'a pas été un succès non plus, ajoute-t-il. «Par exemple, Cogeco a déjà été dans l'édition et la télévision mais aujourd'hui, elle se limite au câble et à la radio, ciblant ce qu'elle fait de mieux.»
Selon M. Thibodeau, les géants intégrés gèrent avec l'œil sur la rentabilité... et l'assouplissement attendu des règles de propriété pour les médias par le gouvernement fédéral.
«Je suis convaincu que plusieurs entreprises, dont Rogers, font le ménage en se disant qu'elles auront peut-être des courtisans qui exigeront de l'ordre dans les activités», conclut-il.