Jean-François Rousseau
Argent
L'entêtement des travailleurs de Rio Tinto Alcan, d'Alma, de rejeter les offres patronales a causé la surprise, vendredi.
Les 780 travailleurs de l'aluminerie ont repoussé massivement les plus récentes offres patronales par des votes de 71%, 88% et 98%, selon les syndicats de l'usine.
Pourtant, ceux-ci possèdent un contrat de travail figurant parmi les plus généreux dans l'industrie de l'aluminium au Québec, soutiennent plusieurs analystes du secteur.
«Les employés ont une convention collective complète et moderne qui couvre presque toute éventualité et toute condition de travail imaginable dans une aluminerie», affirme Louis Fortin, consultant en ressources humaines et chargé de cours à l'Université McGill.
«Le syndicat a déjà soutiré tout ce qu'il pouvait de l'employeur et en plus, les salaires sont phénoménaux pour des travailleurs qui en majorité sont peu scolarisés», indique M. Fortin qui a analysé en détail la convention collective qui vient à échéance le 31 décembre 2011.
La moitié des travailleurs de l'usine possède un diplôme d'études secondaires et seulement 2 % un diplôme d'études universitaires.
Les travailleurs de l'usine Alma gagnent un salaire horaire moyen de 38 $, ce qui signifie une rémunération de près de 80 000 $ par année. La masse salariale totale, incluant les contrats accordés aux fournisseurs, dépasse les 110 millions $ annuellement, ce qui contribue grandement à l'essor économique de la région.
Le porte-parole du Syndicat des travailleurs de l'aluminerie d'Alma considère tout de même que le conflit de travail est évitable.
«On vient d'avoir la confirmation du service des conciliateurs du ministère du Travail du Québec qu'on sera assis à la table de négociation (…), donc le pari qu'on a fait, on pense le gagner», a annoncé Marc Maltais en entrevue à TVA Nouvelles.
Rio Tinto Alcan avait auparavant indiqué que ses offres étaient finales et qu'«advenant un rejet de la part des syndiqués, l'entreprise n'aura d'autres choix que de prendre les décisions nécessaires pour protéger ses employés et ses actifs».
La direction de l'entreprise soutient qu'elle a répondu aux exigences des travailleurs et que son offre était finale tandis que le syndicat se dit toujours prêt à négocier.
Sous-traitance
Selon M. Fortin même si la compagnie a déjà indiqué que ses offres étaient finales, «elle devrait tout de même poursuivre la négociation afin d'éviter un conflit qui serait dévastateur pour la région».
L'enjeu principal de cette négociation est la sous-traitance. Le syndicat estime que la multinationale n'a pas de besoin d'autant de sous-traitants, qui pourraient, selon lui, représenter jusqu'à 10 % de la main-d'œuvre spécialisée à l'usine Alma. Le syndicat affirme que ses membres peuvent accomplir la vaste majorité des tâches de ces sous-traitants.
Déjà, la convention collective compte une clause touchant la sous-traitance, ce qui est une concession majeure pour l'entreprise, ajoute M. Fortin.
Selon lui l'entreprise ne veut certainement pas plier à cette demande en sachant qu'il n'est pas toujours évident de prédire avec grande précision les ventes et les besoins futurs de main d'œuvre.
D'autant plus que les perspectives de l'économie mondiale constituent une source d' incertitude pour les prix de l'aluminium. Déjà, Rio Tinto a commencé son opération de rationalisation en Australie dans le domaine de l'aluminium en espérant toujours atteindre sa promesse aux actionnaires d'atteindre 40 % de marge de profits.
L'âge moyen des travailleurs de l'usine Alma est de 42 ans. Près de 66 % du personnel de l'usine compte d'un an à 10 ans d'ancienneté, 18 % de 11 à 19 ans et 15 % d'entre eux entre 20 et 25 ans, selon Rio Tinto Alcan.