Jean-François Cloutier
Argent
Si vous êtes un riche citoyen canadien, il y a de fortes chances que vous demeuriez ailleurs qu'au Québec. L'Ontario compte une part disproportionnée des riches du pays, et l'Alberta, pourtant beaucoup plus petite que le Québec, a plus de gens très riches que la Belle province.
C'est ce qui ressort d'une analyse des rapports d'impôt envoyés à l'Agence du revenu du Canada pour l'année 2009.
Parmi les quatre provinces les plus importantes, le Québec est l'État qui compte proportionnellement le moins de contribuables nantis.
Alors que le Québec représente encore 23,1% de toute la population du Canada, avec huit millions d'habitants, seulement 15,6% des contribuables ayant déclaré des revenus entre 150 000$ et 250 000$, y résident, soit 55 640.
Le Québec n'abrite que 16,8% des contribuables gagnant 250 000$ et plus, soit 30 800.
À titre de comparaison, l'Ontario voisin compte une population de 13 millions. C'est moins du double de la population du Québec.
Pourtant, la province compte 144 310 contribuables déclarant des revenus entre 150 000 et 250 000$, ce qui représente 41,2% de toutes les déclarations de ce genre au Canada.
Elle recueille 78 810 déclarations de contribuables dont les revenus sont supérieurs à 250 000$, soit 43,7% de toutes les déclarations de cette ampleur.
L'Alberta, une province dont la taille est plus de deux fois inférieure à celle du Québec (3,6 millions d'habitants), abrite 20,9% des contribuables faisant entre 150 000$ et 250 000$, soit 73 040 personnes.
Elle recueille 36 470 déclarations d'impôt de plus de 250 000$, soit 20% du total canadien, ce qui est encore une fois plus que le Québec.
Quant à la Colombie-Britannique, on y recense 43 590 déclarations de revenu entre 150 000 et 250 000$ (12,4%), et 21 430 de plus de 250 000$ (11,7%), pour une population de 4,6 millions de personnes.
« Trop d'impôt tue l'impôt »
En entrevue, l'économiste Claude Montmarquette ne s'est pas montré surpris par ces données. Selon l'économiste, il existe un paradoxe en vertu duquel des taxes basses entraînent souvent des recettes fiscales supérieures pour les gouvernements. Or, le Québec a une des fiscalités les plus dures pour les riches en Amérique du Nord.
« Taxer les riches, c'est réduire les rentrées fiscales des riches, ou, pour le dire autrement, trop d'impôt tue l'impôt », a-t-il dit.
M. Montmarquette estime que la fiscalité n'est pas le seul facteur qui compte dans l'attrait d'une juridiction, mais qu'un niveau de taxation supérieur à 50%, tel que proposé par le nouveau gouvernement péquiste, peut réduire l'effort des gens à gagner de l'argent.
M. Montmarquette signale que les riches contribuent déjà de façon démesurée à la santé financière d'une province. « Au Québec, ils versent 33% de toutes les rentrées fiscales. C'est énorme », a-t-il dit.