Mélanie Loisel
Argent
Avec les coûts des médicaments qui explosent et les pharmaceutiques qui déguerpissent, serait-il temps d'abolir la « règle du 15 ans » sur les médicaments au Québec?
Depuis 1994, cette règle de 15 ans force la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ) à défrayer les coûts d'un médicament innovateur pendant 15 ans, même si son brevet est échu et qu'un médicament générique est plus abordable.
En 2012, la RAMQ prévoit donc que cette règle lui coûtera 174 millions de dollars alors qu'en 2001, elle n'en coûtait que 10 millions.
« Les coûts explosent parce qu'il y a plus de choix de médicaments sur le marché et que nous devons les payer à plein prix », note Oscar Calderon, chercheur à l'Institut de recherche en économie contemporaine qui cosigne une étude sur la politique de médicaments.
« Dans notre étude, on a calculé qu'en abolissant cette règle et en mettant sur pied un véritable régime universel de médicaments, le gouvernement du Québec pourrait économiser plus d'un milliard de dollars», avance-t-il.
« Mais avant d'abolir cette règle, il faudrait savoir combien cette règle rapporte au gouvernement et quel est son impact réel sur l'économie » prévient Mélanie Bourassa-Forcier associée chez CIRANO et professeur en droit pharmaceutique.
« Comme cette règle visait surtout à faire de la recherche et du développement au Québec, il faut voir quelles sont les alternatives si on l'abolit », dit-elle.
La règle de 15 ans avait effectivement été créée pour inciter les pharmaceutiques à rester au Québec et à développer de nouveaux médicaments. Cette règle garantissait aux pharmaceutiques une protection supplémentaire sur les médicaments brevetés.
Malgré tout, les pharmaceutiques continuent de quitter le Québec, comme l'a fait cette semaine la multinationale Boehringer Ingelheim en annonçant la fermeture de son centre de recherche à Laval.
Depuis cinq ans, les pharmaceutiques, Merck, Pfizer, Johnson & Johnson, Sanofi Avantis et AstraZeneca ont toute fermé leur centre de recherche au Québec.