Mélanie Loisel
Argent
Alors que les travailleurs de l'automobile se sont entendus avec Ford, GM et Chrysler sur des régimes de retraite hybride, est-ce que cette solution pourrait-être appliquée au Québec pour renflouer nos caisses?
Ces dernières semaines, le syndicat des travailleurs de l'automobile (TCA) et les trois grands concessionnaires automobiles américains se sont entendus pour que les travailleurs actuels gardent un régime de retraite à prestation déterminée, mais ils ont convenu que les futurs employés bénéficieront désormais d'un régime de retraite hybride c'est-à-dire qu'ils bénéficieront d'une partie du régime à prestation déterminée, en plus d'avoir un régime à cotisations déterminées.
Pendant que le Québec se demande quoi faire pour rentabiliser ses 3000 régimes de retraite dont la majorité sont déficitaires, est-ce que ce modèle hybride pourrait être implanté au sein de nos entreprises?
« Non », lance sans hésiter Serge Charbonneau, associé chez Morneau Shepell, une firme spécialisée en gestion des régimes de retraite. « Les régimes hybrides ne sont qu'un mélange des régimes actuels et ces régimes ont de sérieux problèmes de capitalisation », dit-il.
Les experts sont d'ailleurs plutôt unanimes pour dire que les régimes hybrides ne règleront pas les problèmes de déficit de solvabilité, de mauvais rendement et de sous-financement des caisses de retraite.
Le consultant en ressources humaines, Louis Fortin, est en partie d'accord, mais il ne va pas jusqu'à dire qu'il faut complètement écarter les régimes hybrides.
« Ce n'est peut-être pas une mauvaise solution pour mieux partager les risques financiers, mais le problème avec les régimes hybrides, c'est qu'ils sont vraiment difficiles à administrer pour les actuaires et qu'ils sont complexes à expliquer aux syndiqués », affirme-t-il.
Des régimes à prestation cible?
Serge Charbonneau estime qu'un régime de retraite à prestation cible serait préférable au modèle hybride. Avec ce régime, les cotisations patronales seraient négociées et jumelées à une prestation cible déterminée en fonction de la capitalisation du régime.
« Avec ce régime à prestation cible, les employeurs ne risqueraient plus de voir leurs coûts augmenter lorsque le régime est déficitaire, mais il ne pourrait pas non plus se payer des congés de cotisations même lorsqu'il est en surplus », explique monsieur Charbonneau.
Bon nombre d'actuaires militent d'ailleurs en faveur de ce régime de retraite. Mais le gouvernement du Québec tarde à mettre en place les lois nécessaires pour permettre ce type de régime. Depuis un an, la Régie des rentes du Québec étudie les changements à apporter.
« Les entreprises sont prêtes à adopter ce nouveau régime », croit monsieur Charbonneau en citant l'exemple de Produits forestiers Résolus qui a convenu avec deux de ses syndicats d'adopter un régime à prestation cible dès que la législation le permettra.
Louis Fortin est plutôt d'avis que les régimes à cotisations déterminées demeurent la meilleure solution pour le moment alors que les employés assument une partie du risque financier.
« Une chose est certaine, il faut abolir les régimes à prestation déterminée dont le risque repose entièrement sur les épaules des employeurs et qui sont devenus un véritable gouffre financier », soutient monsieur Fortin.
Selon les derniers chiffres, le déficit de l'ensemble des caisses privées au Québec est évalué à 26 milliards de dollars. Le déficit des régimes publics est quant à lui de 30 milliards et celui des régimes municipaux de 5 milliards.