Michel Munger
Argent
Les Canadiens sont encore plus endettés que l'on croyait. La proportion qui atteint 163,4% du revenu des ménages au deuxième trimestre ne fait pas peur aux économistes, mais elle fait bondir les groupes de consommateurs.
La dette par ménage gonfle en raison des nouvelles méthodes de calcul de Statistique Canada. L'agence fédérale a exclu les organismes à but non lucratif de ses chiffres, ce qui met au jour la situation des consommateurs.
Ainsi, le ratio a atteint 150,6% au premier trimestre, gagnant 11 points comparativement au calcul précédent.
Trop de consommation ?
Le surendettement est réel même quand la cote de crédit est bonne, indique Dominique Gervais, avocate et conseillère budgétaire chez Option consommateurs.
«Ce que nous voyons sur le terrain, dit-elle, c'est que les gens ont beaucoup de dettes de consommation. Ça fait peur quand ils ont cinq cartes de crédit ou plus, avec des prêts personnels et des marges. Certains ont un beau dossier de crédit jusqu'à ce que tout s'effondre.»
«Comment se fait-il, demande Mme Gervais, que nous nous sommes rendus à 163% ? Les institutions financières ont elles aussi une responsabilité.»
Dominique Gervais déplore la mort au feuilleton du projet de loi 24é Québec comptait exiger que les banques tiennent compte de la capacité de rembourser d'un consommateur.
D'autre part, elle dénonce le manque d'éducation financière des Québécois. «C'est surprenant de voir à quel point les gens ne comprennent pas comment fonctionne une carte de crédit. Il faudrait peut-être rétablir les cours sur les finances personnelles au secondaire. On voit le résultat [de leur disparition].»
Pas de bulle hypothécaire
L'endettement est clairement à la hausse, particulièrement avec les hypothèques, mais il ne faut pas appuyer sur le bouton panique, réagit Benoit Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins.
«La situation n'est pas dramatique dans l'immédiat parce que les taux d'intérêt sont très bas, raconte-t-il. C'est lorsqu'ils augmenteront que certains ménages éprouveront des difficultés.»
M. Durocher se conforte à l'idée que la Banque du Canada a multiplié les avertissements et que le gouvernement fédéral a resserré l'accès aux prêts.
«Tout le monde s'attend à un ralentissement graduel du marché immobilier, soutient l'économiste. Nous en avons vu un premier signe, hier, avec la publication de chiffres sur les ventes de maisons. Par contre, les prix montent encore et les mises en chantier restent fortes. La tendance à la baisse n'est pas encore enclenchée.»
Benoit Durocher souligne aussi que pour l'endettement sur les actifs comme les maisons, «nous ne sommes pas à un sommet historique. Ça dresse un portrait plus positif de la situation.»
Le «modèle américain» ?
Une crise a toutefois éclaté aux États-Unis quand les ménages devaient 134% de leur revenu en 2007. Le ratio est retombé à 113% au deuxième trimestre de 2012, après des années d'assainissement.
Les comparaisons sont toutefois difficiles à faire parce que les Américains n'ont jamais segmenté leurs chiffres comme Statistique Canada, estime Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins. «Il y a aussi eu les hypothèques subprime et l'engouement pour le crédit facile».