Jean-François Cloutier
Argent
Si elle veut réaliser les ambitieux objectifs de son nouveau plan quinquennal, la société d’État fédérale Radio-Canada n’aura pas d’autre choix que de rationaliser ses dépenses et de modifier sa culture d’entreprise.
C’est du moins l’opinion de Richard Paradis, spécialiste des médias et président du Groupe CIC, une firme d’experts en télécommunications. M. Paradis réagissait au plan quinquennal qui veut faire de Radio-Canada un diffuseur plus présent en région, à travers son site web et ses stations de radio.
«À moins de coupures quelque part, je ne vois pas comment ils pourront y arriver», dit-il.
Pour M. Paradis, il reste à voir comment la société d’État atteindra ses objectifs en ne réclamant pas d’argent supplémentaire des contribuables.
La société d’État, à laquelle les contribuables canadiens versent chaque année un milliard de dollars, veut notamment ouvrir un centre multimédia à Rimouski et lancer de nouvelles stations de radio de langue anglaise dans le reste du Canada pour se rapprocher de son public, selon le porte-parole de Radio-Canada, Marco Dubé.
«Produire de l’information régionale coûte cher, et Radio-Canada a effectué des coupures dans l’information locale dans les dernières années, donc est-ce qu’ils devront réembaucher? », reprend M. Paradis.
Il ajoute que les acteurs privés des médias sont des experts dans l’information locale et régionale, car ils y puisent leur pain et leur beurre. «C’est leur raison d’être, s’ils ne sont pas pertinents ils meurent», explique-t-il.
Plus de la tarte publicitaire
L’objectif d’augmentation des recettes publicitaires est aussi questionnable, d’après M. Paradis. En fonction du plan quinquennal, Radio-Canada veut faire croître ses revenus publicitaires traditionnels de 2,8% par année, ce qui est supérieur aux prévisions de l’industrie, qui sont de 2,4%.
Elle veut aussi accroître ses recettes publicitaires en provenance du web, ce qui signifie qu’on pourrait voir apparaître plus de publicité sur son service tou.tv, selon M. Paradis.
Selon lui, cela ne pourra se faire sans une amélioration de la qualité de plusieurs émissions, notamment d’information, dont les cotes d’écoute sont faibles.
M. Paradis questionne également le projet de Radio-Canada de lancer une nouvelle chaîne spécialisée du nom de SENS, acronyme pour santé, environnement, nature et science. «C’est un ramassis de thèmes dont ils traitent déjà sur leur chaîne généraliste. On dirait qu’ils veulent copier le Discovery Channel aux États-Unis. Au lieu de lancer toujours des nouvelles plateformes, Radio-Canada ferait bien de se concentrer sur son contenu», mentionne-t-il.
M. Paradis a dit entrevoir une bataille avec les câblodistributeurs dans la foulée du lancement de cette chaîne. «Radio-Canada devra convaincre les câblodistributeurs de la pertinence d’offrir son service», indique-t-il.