Argent
La guerre du spectre sans fil au Canada reprend de plus belle. Dans quelques semaines, Industrie Canada indiquera si elle réserve ou non de la basse fréquence (700 MHz) aux nouveaux acteurs de la téléphonie mobile.
Quebecor a fait valoir sa position hier.
Les limites ont déjà été atteintes pour bâtir un nouveau réseau hors des grands centres avec le spectre dans les fréquences AWS acquis en 2008, estime Serge Sasseville, vice-président, affaires corporatives et institutionnelles de Quebecor Media.
Sans spectre réservé dans les basses fréquences de 700 MHz, dit-il, «les nouveaux entrants seront incapables de déployer leurs réseaux à basse fréquence pour offrir à leur clients les produits et services de la prochaine génération de technologie mobile. Leur capacité à concurrencer les titulaires de façon durable en sera réduite, tout comme leurs chances de survie.»
De son côté, Rogers fait déjà ses pressions. Ken Engelhart, vice-président aux Affaires réglementaires, a qualifié de «subvention» l'idée d'une réserve de spectre. Le numéro un du secteur ne veut pas répéter l'expérience de 2008, qui a limité l'accès aux fréquences «AWS» aux nouveaux arrivants.
M. Sasseville rejette le mot «subvention» dans cette affaire. «L'enchère de 2008 a permis au gouvernement fédéral d'empocher 4,3 G$, soit presque trois fois plus que ce qui avait été prédit par des experts indépendants. Ça a été payant pour le Trésor public.»
«Quand Rogers a commencé dans le sans-fil dans les années 1980, ajoute-t-il, elle a reçu du spectre gratuit. Elle est mal placée pour dire que le gouvernement fait des subventions. [Aujourd'hui], le but est de s'assurer que les conditions sont en place pour accroître la concurrence dans l'industrie.»
L'exemple américain
Serge Sasseville s'inquiète aussi de ce qui se passe aux États-Unis, où la concurrence ne s'est pas nécessairement matérialisée.
Les câblos Time Warner, Comcast et Cox Communications détenaient du spectre dans les fréquences AWS, soit le même type de spectre que celui vendu aux nouveaux entrants lors des enchères au Canada en 2008, rappelle-t-il. Ils ont cependant vendu tout ce spectre à Verizon au cours des deniers mois.
En conséquence, le marché se concentre donc de plus en plus dans les mains d'AT&T et Verizon. Ceux-ci développent, chacun de leur côté, un écosystème technologique dans les bandes de basse fréquence comme le 700 MHz, qui sont incompatibles.
Cette situation devrait faire réfléchir Ottawa quant aux choix que devront faire les nouveaux entrants lors des prochaines enchères de spectre, poursuit-il. Le gouvernement canadien devra donc imposer une réserve de spectre pour les nouveaux entrants afin d'assurer leur pérennité. « Ce qui permettra d'accroître la concurrence dans l'industrie du sans fil au bénéfice des consommateurs », affirme Serge Sasseville.
Des adversaires coriaces dans le ring
Les fournisseurs de services sans fil fourbissent leurs armes en prévision de la décision d'Ottawa au sujet des basse fréquence (700 MHz) qui pourraient être destinées aux nouveaux acteurs de la téléphonie mobile.
Rogers réclame que tout le monde puisse miser sur le 700 MHz. Cette basse fréquence est plus rare, avec une portée géographique plus large que la haute fréquence. Cette dernière permet surtout de bâtir un réseau dans les grandes villes.
Telus milite pour un plafond
«La mise de côté d'un bloc de fréquences réservées, explique Amélie Cliche, la porte-parole de Telus, crée trop souvent une distorsion dans le marché, obligeant les entreprises établies à payer beaucoup plus pour un même bloc de fréquences. Ceci pourrait réduire, de façon significative, les investissements qui seraient autrement destinés au développement des réseaux en régions rurales.»
Marie-Eve Francoeur, porte-parole de Bell, souligne que la quantité de spectre est plus limitée qu'en 2008. L'entreprise ne veut donc pas voir de réserves.
«Afin de déployer le nouveau service LTE, dit-elle, y compris dans les communautés rurales, Bell doit avoir l'occasion de soumissionner de façon juste et équitable sur le spectre nécessaire à ce déploiement.»