Simon Lord
Argent
Plusieurs petits fournisseurs de services de téléphonie craignent d'être acculés à la faillite en région. La cause? Une décision d'Ottawa qui permet aux grandes entreprises de concurrencer les plus petites en région. Des milliers d'emplois sont en danger alors qu'autant de client risquent de perdre le téléphone.
« Cogeco pourrait dérober près du tiers de notre clientèle. Il s'agit de la tranche de nos abonnés qui nous permet de joindre les deux bouts. Nos finances ne sont pas encore dans le rouge, mais nous pourrions faire faillite à moyen terme », craint Jean-François Mathieu, porte-parole de Téléphone Upton, une entreprise située près d'Acton Vale.
Les petites entreprises rurales, appelées des « compagnies de service téléphonique titulaires », sont légalement contraintes d'offrir du service à toutes les maisons de la région qu'elles desservent. Leurs revenus annuels s'élèvent, au total, à 54 M$.
Elles font des pertes dans le cas des clients qui se situent « au bout des rangs ». Elles réussissent toutefois à recouvrir celles-ci grâce à l'argent qu'elles font au centre des villages, sommes qui représentent parfois 95 % de leurs revenus.
« Le problème est que les grands fournisseurs s'installeront seulement dans le cœur des villages, où c'est rentable. Grâce à leurs dépenses en marketing et à des rabais offerts aux nouveaux clients, elles déroberont les abonnés des petits joueurs », explique Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec.
Le 28 juin dernier, le gouvernement Harper a confirmé une décision du CRTC prise en mars 2012. Celle-ci ouvre le milieu rural à la compétition dans le secteur de la téléphonie. Les grands fournisseurs de service pourraient ainsi faire leur entrée en région d'ici l'automne.
Conséquences importantes
La fermeture de fournisseurs de services ruraux entraînerait de lourdes conséquences pour les gens qui habitent en région, notamment en Beauce. Plusieurs petites villes comme St-Éphrem, St-Victor ou Courcelles dépendent de ces entreprises pour avoir accès au téléphone.
« Environ 13 000 clients sont susceptibles de perdre le téléphone. Dans le cas des services essentiels, il est faux de dire que la compétition favorise l'offre de service », explique Claire Bolduc.
Au Canada, 60 000 travailleurs sont employés chez ces fournisseurs. Au Québec, le chiffre oscille plutôt entre 6 000 et 10 000. Si les petits fournisseurs ferment leurs portes, c'est autant de gens qui pourraient se retrouver sans emploi.
Passé en douce
Les petits fournisseurs de service estiment que le gouvernement conservateur n'a pas les intérêts des communautés rurales à cœur.
« On fait preuve d'un manque de respect et de compréhension. Nous sommes aussi déçus de voir que le cabinet de M. Harper a traité ce dossier de façon cavalière », plaint Serge Désy, président-directeur général de l'Association des compagnies de téléphone du Québec.
L'organisme, qui regroupe les neufs fournisseurs ruraux de la province, raconte avoir appris la nouvelle de la décision par voie de communiqué. « On ne nous a même pas téléphoné pour justifier la décision ou en discuter », ajoute M. Désy.