Michel Munger
Argent
Le Québec demeure moins bien coté que la plupart des gouvernements d'Amérique du Nord en matière de crédit, même si Jean Charest en a vanté la robustesse en débat télévisé mardi soir.
Sa situation n'est toutefois pas catastrophique... s'il prend quelques décisions impopulaires.
Selon Moody's, le Québec mérite une cote de Aa2, soit la troisième meilleure. Sa perspective est «stable», ce qui signifie qu'une décote n'est pas à l'horizon.
La cote de crédit d'un gouvernement a un impact important. Toute amélioration fait diminuer les coûts d'emprunt, alors qu'une décote les fait augmenter. Le Québec devrait payer 8,2 G$ en intérêts sur la dette cette année. Selon le Vérificateur général, la dette brute doit atteindre 180 G$ ou 55% de la taille de l'économie.
L'atteinte de l'équilibre budgétaire demeure une condition rattachée à la cote de Moody's, avertit Germain Belzile, économiste et professeur à HEC Montréal.
«Environ 1,5 G$ de déficit a été enregistré au début de l'année, alors que c'est le montant ciblé pour l'ensemble de l'exercice, souligne M. Belzile. Le moins que l'on puisse dire est que la situation est inquiétante. En plus, on sent un ralentissement économique en Amérique du Nord et il y a des zones de turbulence en Europe.»
Loin d'un premier de classe
Le Québec se compare mal avec les autres juridictions de l'Amérique du Nord.
Au Canada, la cote optimale de Aaa revient au fédéral, à l'Alberta et à la Colombie-Britannique. La deuxième meilleure, soit Aa1, est attribuée à la Saskatchewan et au Manitoba.
Avec Aa2, le Québec est à égalité avec cinq provinces dont l'Ontario.
Aux États-Unis, la cote Aaa est courante pour les États, ainsi que pour le gouvernement fédéral.
«Les agences de crédit parlent d'une perspective stable au Québec, contrairement aux États-Unis, où elle est négative, souligne Germain Belzile. Une décote n'est pas dans les cartes ici. Si nous n'atteignons pas l'équilibre budgétaire, nous risquons par contre de recevoir un avertissement comparable au leur.»
Le Québec demeure quand même un moins bon élève que quatre autres provinces canadiennes. Pourquoi ?
«Elles ont un taux de chômage plus faible et une meilleure croissance économique, avance M. Belzile. Ce sont généralement des endroits où l'on n'a pas peur de développer les ressources naturelles. Peut-être avons-nous un examen de conscience à faire ? Les choses ne peuvent pas s'améliorer toutes seules.»
Michael Yake et David Rubinoff, analystes de Moody's, ont aussi demandé au Québec de faire preuve de discipline dans leur note datée du 12 juillet.
«La cote de la province reflète une qualité de crédit intrinsèque qui découle notamment de l'importance et du caractère diversifié de son économie», écrivaient-ils.
Elle découle d'un plan déjà annoncé de retour à l'équilibre, mais aussi de «la nécessité d'une maîtrise continue des dépenses».