Jean-François Cloutier
Argent
L'année 2012 a été marquée par des succès majeurs, mais aussi des échecs sérieux de la part d'acteurs du Québec Inc. en Bourse.
C'est ce qu'a souligné Michel Nadeau, président de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP), qui se refuse à qualifier l'année de grand cru ni d'annus horribilis sur la scène boursière québécoise.
Du côté des grandes réussites, M. Nadeau souligne l'expansion en Europe de deux firmes d'ici, Alimentation Couche-Tard (ATD.A)
et CGI (GIB.A).
La première a annoncé en avril l'acquisition, pour 2,8 G$ US, du réseau de dépanneurs de la société d'État pétrolière norvégienne Statoil, jetant les bases d'un développement outre-mer. CGI, de son côté, a mis la main sur la britannique Logica pour 2,8 G$ US, avec l'aide financière de la Caisse de dépôt et placement du Québec.
« Ce sont deux grosses opérations qui augurent bien pour l'avenir », a mentionné l'expert.
Sur un an, l'action de Couche-Tard est en hausse de 56,2%, soit bien plus que l'indice phare de la Bourse de Toronto (+ 5,5%). Celle de CGI a crû de 25,1%.
Selon M. Nadeau, les québécoises ont souvent plus de succès en Europe et dans le reste du Canada qu'aux États-Unis, où le marché est extrêmement concurrentiel, ce qui est d'autant plus prometteur.
Plus préoccupant, à l'inverse, sont les ratés du quincaillier Rona (RON), qui après avoir refusé une offre d'achat de l'américaine Lowe's (LOW), a vu son PDG, Robert Dutton, se faire montrer la porte de sortie.
Le titre du quincaillier a grimpé de 9,02% depuis un an, mais à 10,38$ il reste bien loin d'un sommet de 26$ atteint en mai 2005. Les recettes du groupe sont en baisse depuis plusieurs années.
Le groupe d'ingénierie montréalais SNC-Lavalin (SNC) s'est aussi retrouvé dans la tourmente, impliqué dans des affaires de corruption au Québec et à l'étranger. L'action a chuté de 18,4% sur un an, et son ancien PDG, Pierre Duhaime, fait face à des accusations de complot de fraude, fraude et usage de faux.
Michel Nadeau mentionne d'autres réussites moins connues. Pendant que des détaillants comme Reitmans (RET.A) et Le Château (CTU.A) subissent de plein fouet le ralentissement économique, il met en évidence l'irruption du nouveau Québec inc. anglophone, emmené par Gildan (GIL) (+ 87,7%) et Les Industries Dorel (DII.B) (+ 37,6%).
La tentation de l'assoupissement
Malgré des succès certains du Québec Inc., M. Nadeau montre du doigt parmi les enjeux les plus préoccupants le manque de relève entrepreneuriale dans la Belle Province.
« Quand on compare aujourd'hui aux années 1980, on ne voit pas encore se lever la nouvelle génération de bâtisseurs », a-t-il dit.
Selon M. Nadeau, une tentation du confort guette aussi des entreprises québécoises qui préfèrent se laisser acheter plutôt que de poursuivre leur expansion à l'étranger une fois qu'elles ont acquis une certaine taille.