Agence QMI, avec la collaboration de Jean-Luc Lavallée
Le premier ministre Jean Charest saute dans la mêlée pour dénouer la crise étudiante. Il a dévoilé vendredi l'offre globale de son gouvernement aux étudiants, suggérant notamment d'étaler sur sept ans au lieu de cinq la hausse des droits de scolarité.
« Nous maintenons la hausse de 1625 $ et nous proposons un étalement sur une période de sept ans au lieu de cinq ans », a annoncé le premier ministre, lors d'un point de presse, accompagné de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.
Cette mesure fera passer la hausse annuelle de 325 $ à 254 $, et non 232 $, en raison de l'indexation des deux années additionnelles. Si l'on tient compte du crédit d'impôt, la hausse réelle représente 177 $ par année, comparativement à 230 $.
Jean Charest a souligné à maintes reprises que cela représentait maintenant « une hausse de 50 ¢ par jour ».
Québec offre aussi d'améliorer l'accessibilité aux bourses en ajoutant 39 millions $ pour la classe moyenne.
« Ce que nous proposons aujourd'hui est le reflet de notre volonté de soutenir nos étudiants, de soutenir nos universités et de préparer l'avenir du Québec. C'est une réponse qui est raisonnable », a déclaré le premier ministre.
M. Charest a dû se défendre de rompre l'engagement du gouvernement de ne pas négocier sur la place publique. « Parce qu'on voulait respecter la confidentialité, ça donnait l'impression que le gouvernement était obtus ou n'écoutait pas. Je pense que la transparence est très importante aujourd'hui », a-t-il dit.
Les associations consulteront leurs membres
Prudents, les présidents de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin, ont affirmé qu'ils soumettront l'offre de Québec à leurs membres.
« Je ne crois pas que ce sera accepté par les associations étudiantes », a néanmoins affirmé Mme Desjardins, soulignant que cela pourrait prendre jusqu'à une semaine pour connaître la réponse des étudiants.
La présidente de la FEUQ estime que le gouvernement « joue sur les mots » en insistant pour dire que cela représente maintenant une hausse de 50 ¢ par jour. « Pour une mère monoparentale qui a déjà de la misère à arriver, ça peut faire une différence », a-t-elle dit.
« Il y a une volonté gouvernementale de régler la crise, mais si cette volonté est réelle, le gouvernement doit accepter à nouveau de s'asseoir avec les étudiants », a pour sa part souligné Léo Bureau-Blouin, déplorant que les négociations se soient déplacées sur la place publique.
De son côté, le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) Gabriel Nadeau-Dubois a indiqué que les assemblées générales de son association allaient se pencher sur l'annonce de la ministre.
« Ça ne répond pas aux demandes des étudiants, a-t-il toutefois déploré. Les étudiants en grève contestent une hausse des droits de scolarité de 1625 $, et cette hausse demeure dans l'offre de Québec. »
Demandes de la CLASSE
Quelques minutes avant le point de presse du gouvernement, la CLASSE a rendu publiques les demandes qu'elle avait adressées au ministère de l'Éducation en début de semaine, avant que Line Beauchamp l'ait exclue des pourparlers.
Elle demandait notamment un retour des droits de scolarité au niveau de 2007 ainsi qu'un gel des frais de scolarité au niveau de 2007. Elle exigeait en outre la tenue d'états généraux sur l'avenir de l'éducation ainsi que sur la gratuité scolaire.
Après plus de 70 jours de grève, les appels au calme ont été nombreux dans les derniers jours, mais rien n'y fait. La tension n'a jamais été aussi vive depuis que les négociations entre le gouvernement et les associations étudiantes ont été rompues, plus tôt cette semaine, en raison de l'exclusion de la CLASSE, qui représente environ 100 000 étudiants.