Denise Proulx
Argent
Une autre institution financière vient d'être mise à l'amende pour avoir négligé de former adéquatement son personnel. Jeudi, la Banque Laurentienne a reconnu que ses conseillers n'avaient pas reçu la formation requise pour comprendre les caractéristiques et les risques des fonds spéculatifs, pour ensuite bien les expliquer à leurs clients.
La banque a accepté de payer une pénalité de 150 000 $ à la suite d'une enquête menée par l'Organisme canadien de réglementation du commerce et des valeurs mobilières (OCRCVB).
Pendant ce temps, il demeure plus facile que jamais de devenir un conseiller en produits financiers. Chez Groupe Investors, par exemple, la démarche est simple : passer au travers trois entrevues avec l'institution financière, réussir un examen sur les fonds de placement et vous êtes prêt à rencontrer la clientèle. D'abord en compagnie d'un conseiller senior pendant trois mois, puis seul. Il n'y a pas d'exigences en formation universitaire ni en finances.
Est-ce une formation aussi minimale que détient le courtier qui vous a récemment vendu des produits financiers complexes? A-t-il été adéquatement formé, a-t-il cru nécessaire de suivre des cours pour se mettre à jour ? Payé à commission, subit-il une forte pression pour vendre un minimum de produits par semaine ?
Les consommateurs ont tout avantage à poser ces questions avant de se procurer des produits financiers à haut risque.
Dans le secteur, il est admis que la responsabilité de la formation relève de l'institution financière. « C'est un marché très compétitif. On peut dire que 99,6% des marchés font bien. Les investisseurs peuvent avoir confiance », soutient Sylvain Théberge, porte-parole de l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Le professionnel ajoute que l'AMF ne peut pas se baser sur une plainte d'un investisseur pour en déduire que le marché est contaminé et douter de la qualité de l'institution financière. « C'est aux institutions de bien évaluer le profil de l'investisseur. Pour cela, le courtier doit bien le questionner. On demande aux institutions d'être rigoureuses », ajoute-t-il.
Une autre source tend à banaliser les pertes financières d'un client découlant de mauvais conseils de placement spéculatif. « Avec les centaines de millions d'opérations qui ont lieu annuellement, les erreurs sont inévitables. Toutes les institutions reçoivent des pénalités », a mentionné un expert qui a exigé l'anonymat.
Créer deux catégories de conseillers
Puisque les institutions financières offrent des produits de plus en plus complexes, les conseillers devraient recevoir une formation supérieure afin de bien comprendre ce qu'ils sont», avance pour sa part Franck Jovanovic, professeur d'économie à la TÉLUQ.
L'expert suggère aux institutions financières de créer deux classes de conseillers financiers. « C'est évident qu'une personne qui détient une formation de base ne peut pas évaluer les risques adéquatement. C'est une question de modélisation mathématique. Si au départ le conseiller ne comprend pas bien, tout le reste est faux », ajoute le professeur.
De plus, complète-t-il, il devrait y avoir une forme de discrimination positive. « Pour acheter des produits à haut risque, il faut exiger de parler à une personne avertie, uniquement ».