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Gérard Samet
Argent
La hausse soudaine du prix de l'essence à Montréal, à plus de 1,53 $ le litre, a provoqué une onde de choc. Contrairement aux idées reçues, la variation du prix du pétrole brut n'explique pas tout, selon des experts.
Le prix de l'essence à la pompe ne reflète pas seulement celui du pétrole, selon le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA). La marge de raffinage, qui s'ajoute au prix du pétrole brut, est l'une des principales causes des hausses du prix.
L'accroissement des bénéfices des compagnies pétrolières serait lié à cette hausse et non à celle de la production.
Exxon Mobil (Esso) a vendu pour plus de 500 milliards $ d'essence en 2011, suivie par SHELL, BP, Chevron et Total, qui représentent chacune près de la moitié d'Exxon. Leur profit net est de l'ordre de 10 % de leur vente. Les 50 premières pétrolières mondiales ont dégagé un résultat net annuel de plus de 300 milliards $ en 2011.
Selon le CCPA, chaque augmentation de 1 cent du prix de l'essence au Canada permet aux compagnies pétrolières d'encaisser environ 1 million de profit supplémentaire.
Une étude du professeur Léo-Paul Lauzon de la Chaire d'études socio-économiques de l'UQAM indique que la tendance moyenne de croissance des profits des pétrolières est de l'ordre de 60 % chaque année depuis 2002.
Entre le pétrole et la pompe, il y a le raffinage, le transport, les taxes et les marges. « La marge de raffinage est largement fixée par la spéculation boursière », a expliqué la présidente de l'Association Québécoise du Pétrole (AQUIP), Sonia Marcotte.
Selon elle, « cette marge résulte de la différence entre le prix du pétrole brut et celui de l'essence, calculé à partir des cours à terme du NYMEX et du New York Harbor pour le prix au comptant ».
Cette marge est élevée et a doublé de 10 cents à plus de 20 cents le litre, depuis le début de l'année. Pourtant, transformer le pétrole brut en essence ne coûte que 5 cents par litre, selon le site canadien Tomorrowsgaspricetoday.com. Le maintien d'un prix élevé est le résultat d'une concurrence insuffisante, lit-on sur le site.
Le prix pratiqué par les détaillants
« Les détaillants achètent aujourd'hui l'essence de plus en plus cher, à plus de 1,40 $ », a précisé Mme Marcotte de l'AQUIP.
« Parfois, pour satisfaire leur clientèle, ils commencent par vendre l'essence en dessous de son prix de revient à 1,37 $ par exemple, a-t-elle ajouté. Puis, dès que le marché le permet, certains détaillants décident de rattraper la situation, ce qui peut aboutir à des hausses soudaines de 10 cents. »
Ils sont généralement suivis par les autres détaillants, d'autant que dans l'industrie pétrolière, la hausse des prix n'entraîne pas une baisse de la demande.
Selon M. Lauzon, le Canada pourrait éviter de payer son essence si chère. Le professeur ne comprend pas pourquoi le Canada, premier fournisseur des États-Unis, achète son essence au prix fort en provenance du Moyen-Orient.
« Le Canada est un pays nettement autosuffisant en pétrole et en gaz naturel, a fait savoir Léo-Paul Lauzon. Il est le sixième producteur de pétrole au monde. »