Emmanuel Delacour
Agence QMI
René Therrien critique le gouvernement fédéral dans le dossier du futur pont Champlain. L'ingénieur a proposé une alternative de 1,1 milliard $, trois fois moins onéreuse que le projet actuel dont les coûts estimés se situeraient entre 3 et 5 milliards $.
M. Therrien n'est pas le dernier venu. Il a administré la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain pendant huit ans. De plus, l'ingénieur civil a conçu tous les ponts de la route de la Baie James et il a déjà travaillé à la réhabilitation du tablier de la structure d'acier du pont Champlain.
L'ingénieur a mis sur la table une solution qui utiliserait la structure actuelle du pont Champlain pour créer de nouvelles voies de chaque côté des voies existantes. Pour sa part, le gouvernement fédéral désire construire un pont temporaire séparé de l'armature existante, pour détruire le pont Champlain et en construire un neuf.
M. Therrien a souligné que la structure d'acier du pont possède encore une durée de vie de 50 ans et il lui apparaît «sensé et sage» de la conserver et d'en tirer le meilleur parti possible.
Avec des arguments en béton armé, M. Therrien assure que sa solution est la plus avantageuse, et ce, en tous points.
En effet, outre la question de coûts, le pont de M. Therrien pourrait être mis en service en quatre ans et être finalisé en huit ans. Il en faudrait 10 pour le nouveau pont du gouvernement fédéral.
De plus, un système de train léger sur rails (SLR), un monorail ou un train express régional pourraient tous être intégrés au pont tel que suggéré par l'ingénieur, laissant le choix aux résidents du transport le plus approprié à leurs besoins. Le pont du gouvernement fédéral impose la construction d'un SLR.
L'impact sur l'environnement pourrait grandement être diminué si la solution de M. Therrien est utilisée, selon ce dernier. «Ce que propose le gouvernement engendrerait des expropriations, la construction de nouveaux piliers et l'empiétement sur un cimetière autochtone», a insisté M. Therrien.
Enfin, l'ingénieur est d'avis qu'une construction en partenariat public privé (PPP) se fera au désavantage des citoyens.
«Même en préconisant un PPP, le gouvernement fédéral devra emprunter une large part du montant de 5 milliards $ annoncé. Du coup, il devient impossible de garantir un juste péage», a soutenu M. Therrien.
«Le public devrait s'interroger sur les informations que lui donne le gouvernement fédéral, car elles nous paraissent incomplètes. Les Québécois devraient exiger des études comparatives», a-t-il ajouté.
Les réactions fusent contre le PPP
Saluant les démarches de l'ingénieur René Therrien, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer le partenariat public privé (PPP) tel que proposé par le gouvernement fédéral pour la construction du nouveau pont Champlain.
« Le seul avantage potentiel clair des PPP c'est le partage du risque économique, a expliqué Pierre-Guy Sylvestre, économiste au service de la recherche du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Dans le cas des infrastructures routières, le grand risque est celui du 'trafic' : l'infrastructure sera-t-elle achalandée ou non? Pour le pont Champlain, qui est éminemment stratégique, la réponse est évidente : il sera achalandé, c'est certain. Le 'risque de trafic' est donc nul; inutile de le partager avec un partenaire privé.»
M. Sylvestre a rappelé que les PPP dans les grands projets d'infrastructures font souvent éclater les coûts. «Nos gouvernements peuvent toujours emprunter à bien meilleur taux que n'importe quelle grande entreprise, a-t-il dit. Un pont Champlain en PPP ferait donc passer le contribuable à la caisse pour des taux d'intérêt gonflés.»
Pour sa part, le Bloc Québécois dénonce «l'entêtement du gouvernement qui néglige d'envisager cette approche remarquable et responsable».
«Cette attitude du gouvernement Harper est irresponsable puisque la proposition de René Therrien permettrait d'économiser des centaines de millions de dollars, de maintenir les axes actuels d'entrée et de sortie du pont (évitant la création de nouveaux virages) et aurait beaucoup moins d'impact sur l'environnement. Le gouvernement doit donc revoir sa position», a déclaré Maria Mourani, députée d'Ahuntsic et porte-parole du Bloc Québécois en matière de transports.