Jean-François Cloutier
Argent
Même s'il consacre beaucoup plus d'argent que ses voisins et que de nombreux pays au secteur de la santé, le gouvernement du Québec procure à ses citoyens des services de santé plus médiocres et des délais d'attente plus longs.
C'est la conclusion à laquelle parvient une étude du Centre sur la prospérité et la productivité (CPP) de HEC Montréal, dont on a obtenu copie.
L'étude du CPP a le caractère distinct de considérer la performance québécoise en santé non seulement par rapport aux autres provinces, mais aussi par rapport à un groupe de pays de l'Europe du Nord.
Il en ressort que de nombreux pays sont capables de faire plus avec moins, sans que le prestataire de service en souffre, loin de là.
Selon l'étude du CPP, le Québec dépensait en 2009 environ 4881 $ par habitant en services de santé, soit 530 $ de plus que le Danemark, 1160 $ de plus que la Suède, 1400 $ de plus que le Royaume-Uni et 1650 $ de plus que la Finlande.
Or, de tous ces pays, c'est au Québec que les délais d'attente pour des chirurgies sont les plus longs et que l'accès à un simple médecin généraliste, pour obtenir un diagnostic de base, est le plus fastidieux.
En 2009, près de 26,8 % de la population québécoise n'avait pas accès à un médecin de famille, selon Statistique Canada.
Au Canada et en Ontario, cette proportion s'élevait à 15,3 et 9 % respectivement, et le Canada est lui-même en queue de peloton parmi une brochette de pays de l'OCDE.
Plus de 23 % des patients dans l'attente d'une chirurgie non urgente en 2009 au
Québec ont été opérés dans un délai de trois mois et plus. Dans les provinces canadiennes, cette moyenne s'établit plutôt à 16,8 %, selon Statistique Canada.
La qualité des soins est aussi en cause. Ainsi, en 2009, le Québec disposait de 6,78 unités d'imagerie par résonance magnétique (IRM) par million d'habitants. À titre comparatif, la Finlande et le Danemark en comptaient respectivement 16,86 et 15,40.
Des médecins rares et payés cher
Une des causes de l'inefficacité serait le très faible nombre de médecins au Québec, selon le CPP. Le Québec paierait aussi ses médecins plus cher que d'autres pays, ce qui explique qu'il en aurait moins pour son argent.
Selon le CPP, le fait que des gestionnaires dans le secteur public ne sont pas imputables de la performance de leur établissement jouerait aussi dans la contre-performance du Québec.
« Du côté des hôpitaux, les pressions concurrentielles sont très faibles. Comme il n'existe aucun lien entre le volume de patients traités et le budget alloué, rien n'incite ces établissements à mieux performer », a ajouté Robert Gagné, directeur du CPP.