Michel Munger
Argent
La corruption et l'évasion fiscale, des sujets d'actualité au Québec, ont un ami en voie de disparition: l'argent comptant. Son élimination assainirait l'économie et boucherait des trous dans les revenus des gouvernements.
Le géant américain du crédit MasterCard s'est fait l'apôtre des transactions sans argent comptant pour ces raisons, mercredi, devant le congrès mondial des technologies de l'information (WCIT).
«En s'en débarrassant au Canada, la situation fiscale du gouvernement s'améliorerait d'environ 1% du produit intérieur brut avec l'élimination de l'économie souterraine, affirme Kevin Stanton, président de la division de consultants MasterCard Advisors. C'est l'équivalent de la moitié du déficit fédéral en 2010-11.»
Selon les chiffres compilés par Ottawa, le déficit de cet exercice financier équivalait à 33 G$. L'économie souterraine a atteint un sommet de 36 G$ en 2008.
«Moins d'évasion fiscale, poursuit-il, veut dire plus de revenus pour le gouvernement, plus de services pour les citoyens et de plus grandes économies pour le contribuable.»
Kevin Stanton estime que l'adoption du paiement électronique peut faire encore plus. «C'est une révolution qui transformera [le monde] autant que la presse de Gutenberg dans les années 1400 et l'arrivée d'Internet au milieu des années 1990».
Les entrepreneurs peuvent y gagner au change, avance-t-il. Les marchands n'auront plus besoin de passer du temps à compter leur argent et de se déplacer pour le déposer.
Les ventes sont aussi plus importantes quand le client paie avec du plastique, ajoute M. Stanton. «Quand McDonald's a commencé à accepter les achats par carte de crédit, [...] la transaction moyenne est passée de 4,50 $ à 7 $, une hausse de 56%».
Ces transactions ont aussi permis à MasterCard d'accroître son chiffre d'affaires...
Mieux servir les pauvres
D'autre part, les citoyens trop pauvres pour ouvrir un compte bancaire seraient gagnants avec le paiement électronique, croit le patron de MasterCard Advisors. Il soutient que le Canada fait exception avec 99,5% des habitants couverts par les services bancaires.
«Les populations dont nous parlons, dit-il, sont les deux milliards et demi qui n'ont pas accès au crédit, à l'assurance, aux comptes d'épargne et aux autres services financiers formels. [Parmi eux], environ 2,4 milliards vivent dans les pays en développement».
Le problème est déjà réglé dans un pays d'Afrique où MasterCard s'est alliée à la banque centrale, indique Kevin Stanton. «La moitié des transactions mobiles mondiales se fait au Kenya, où les transferts électroniques totalisent maintenant 10 G$ par année. De plus, les deux tiers des adultes de ce pays se servent d'un téléphone mobile pour les faire».
Les citoyens qui dépendent de l'aide de l'État sont eux aussi en voie de vivre principalement grâce à l'argent électronique, fait savoir M. Stanton. «Ça paie déjà les prestations d'aide sociale et des vétérans aux États-Unis. À partir du 1er mars 2013, les chèques imprimés ne seront plus une option et au total, des économies de 1 G$ [seront réalisées] sur une décennie».
Au Canada, le gouvernement fédéral cessera d'émettre des chèques en papier à partir de 2016.
Un dernier argument que sert M. Stanton en faveur de l'argent virtuel est la sécurité. Par exemple, l'Afrique du Sud utilisera des cartes de débit dès l'an prochain afin de verser des prestations, évitant les risques de vol rattachés au comptant.