Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal
Pendant que Line Beauchamp « exige » du
réseau scolaire quil fasse le ménage dans
ses finances, son propre ministère vient de
verser plus dun demi-million en bonis au
rendement à 205 fonctionnaires souvent
très éloignés des services aux élèves, une
situation qui fait rager les directeurs
décole.
Selon ce qua appris le
Journal, 45 cadres, 12 employés
non syndiqués et 148
professionnels du ministère de lÉducation se sont
partagé 544 542 $ en primes de rendement, cette
année.
Ces bonis ont été versés après ladoption de la
fameuse loi 100 qui était pourtant censée limiter
cette pratique.
Dans les faits, seuls les « titulaires dun emploi
supérieur », comme la sous-ministre et ses adjoints,
nont pas reçu de primes salariales.
Les 45 autres cadres qui ont reçu un boni ny auront
plus droit avant au moins deux ans. Mais les
160 autres fonctionnaires ayant touché une prime
pourront continuer den recevoir dans le futur,
«parce quils nexercent pas de fonctions dencadrement
ou ne possèdent pas le statut de cadre»,
explique la porte-parole du Ministère, Esther
Chouinard, dans un courriel.
Ces employés, notamment des conseillers en
ressources humaines ou des ingénieurs, ont eu
droit à une prime pouvant atteindre 3,5% de leur
salaire annuel, ajoute-t-elle. Mme Chouinard précise
que seuls les fonctionnaires ayant obtenu des
cotes de rendement élevées ou dont le travail a été
jugé « exceptionnel » ont pu toucher ces bonis.
« Totalement incohérent »
Lexistence même de ces primes enrage la présidente
de la Fédération québécoise des directions
détablissement denseignement, Chantal Longpré.
Celle qui représente la majorité des directeurs
décole juge cette pratique « totalement incohérente
» avec le discours de la ministre de lÉducation,
Line Beauchamp, qui vient dimposer aux
commissions scolaires des restrictions budgétaires
évaluées à 110 M$. « Le Ministère nous demande
de rationnaliser et, pour moi, cest totalement
incohérent, ce quil vient de faire. Actuellement,
je ne vois pas ce qui peut justifier un boni,
où que lon se trouve dans le système déducation
», lance Mme Longpré en citant le taux de décrochage.
« Quand on vient dire aux commissions scolaires
de rationnaliser et que les répercussions se
font sentir dans les services aux élèves, il y a des
questions à se poser », dit-elle.
Chantal Longpré ne peut concevoir quon « octroie
des bonis à des gens dont on nentend
presque jamais parler » au moment même où des
directions décole se font imposer des coupures
« de plusieurs centaines de milliers de dollars »
dans leurs budgets, selon elle.