Michel Munger
Argent
Le gouvernement du Québec devrait délier les cordons de sa bourse et dédommager les investisseurs floués par Norbourg.
C'est ce qu'a lancé Jean-Luc Landry, président de la firme de gestion de portefeuille Landry Morin, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain vendredi matin.
Lors de la conférence sur l'avenir des services financiers à Montréal, ce vétéran du placement a estimé que Québec devait mieux protéger le public contre ceux qui veulent dévorer son épargne.
M. Landry compare la prise de risque avec le fait de détenir une maison sur le bord de la mer.
«Normalement, il y a plus de danger de tempête qu'à l'intérieur des terres, raconte-t-il. Au départ, il y a un peu de responsabilité. Les investisseurs [chez Norbourg] n'avaient aucune idée du risque qu'ils prenaient et ils n'avaient aucun moyen de savoir qu'il y avait une fraude. La preuve, c'est que l'AMF ne le savait pas elle non plus.»
«On devrait avoir un système de protection des investisseurs contre la fraude, sinon les gens n'investiront pas», ajoute Jean-Luc Landry.
Un fonds d'indemnisation ne pousserait-il pas les épargnants à prendre trop de risques ?
«Je ne propose pas une protection contre les mauvais rendement, mais simplement contre la fraude, renchérit le gestionnaire de portefeuille. Si vous achetez une automobile, il y a une garantie. Si le manufacturier n'honore pas la garantie, le gouvernement intervient. C'est un peu la même chose.»
M. Landry signale par ailleurs que les 9200 investisseurs de Norbourg ont payé le prix pour un trou dans l'encadrement de l'industrie financière.
«Nous sommes extrêmement bien réglementés sur la mise en marché de nouveaux produits, croit-il. Il n'y a pas beaucoup de réglementation sur la gérance du produit. Ça s'améliore mais lorsque l'affaire Norbourg est arrivée, il n'y en avait pas tant que ça.»
Le dossier Norbourg, c'est environ 130 M$ d'épargne et de faux rendement dont le public n'a pu bénéficier. M. Landry ne s'inquiète quand même pas sur le coût éventuel des indemnisations contre la fraude. «Il y en a eu combien de cette ampleur depuis 30 ans ? Les autres [dossiers] sont des affaires d'un ou deux millions.»