Simon Lord
Argent
L’agence de notation Moody’s pourrait bien retirer sa cote de crédit AAA aux États-Unis d’ici deux ans. Pourquoi n’a-t-elle pas agi en même temps que Sandard & Poor’s? Leur analyse de la situation budgétaire et économique diffère, expliquent les experts. Mais leurs choix sont aussi orientés par des considérations politiques et commerciales.
« Les agences de notation regardent les chiffres et évaluent la capacité de remboursement de la dette des gouvernements et des entreprises. Elles ont accès aux mêmes chiffres, mais les interprètent différemment », indique Michel Nadeau, analyste financier.
« Malgré cela, il y a aussi un jeu commercial et politique qui se joue en arrière-scène », précise-t-il.
Les agences de notation sont payées par les clients qu’elles notent. Lors de la récession de 2008, elles avaient été critiquées pour avoir donné la note AAA à des prêts « subprimes », qui étaient finalement très risqués. Elles tentent maintenant de redorer leur blason et d’aller chercher plus de clients.
« S&P a fait un bon coup. Elle vient de passer à l’histoire comme l’agence qui a osé abaisser la note de crédit américaine. Les entreprises voudront faire affaires avec eux, puisqu’ils seront perçus comme les plus rigoureux », dit M. Nadeau.
Pour S&P, une entreprise regorgeant d’administrateurs « plutôt conservateurs et républicains », c’est aussi un geste politique.
« À un peu plus d’un an des élections, c’est un gros croque-en-jambe au président Obama, qui sera montré du doigt comme le premier à faire perdre sa note AAA aux États-Unis », estime Michel Nadeau.
Standard and Poor’s (S&P), la plus importante des trois grandes agences de notation de crédit, a retiré aux États-Unis leur cote AAA vendredi, une décision sans précédent pour le pays.
Le verre à moitié vide
Plutôt pessimiste, S&P montre du doigt la gouvernance américaine et le processus décisionnel du pays « qui deviennent de moins en moins stables, efficaces et prévisibles ». L’agence est préoccupée par les déficits budgétaires et la débâcle du plafond de la dette.
Moody’s, pour sa part, n’a pas encore bougé, bien qu’elle ait émis des craintes à propos des finances du géant américain. Elle indiquait lundi qu'elle pourrait abaisser la note de la dette des États-Unis avant 2013 si le pays de l’Oncle Sam ne maintenait pas le ratio de la dette fédérale et du PIB sous la barre des 75 %.
À la suite de l’entente sur la question du plafond de la dette, Moody’s avait réaffirmé la notation des États-Unis en invoquant deux raisons : l’accord éliminait le risque immédiat d’un défaut de paiement et constituait aussi, selon eux, une « première étape » vers la reprise sous contrôle de la dette à long terme.
La principale divergence dans les analyses de S&P et de Moody’s concerne la capacité des parlementaires américains à travailler ensemble pour régler le problème d’endettement du pays. Le premier voit peu d’espoir. Le second est plus optimiste.