Josée Jeffrey, D. Fisc. Pl. Fin.
Collaboration spéciale
Un dicton veut que « le mariage est une merveilleuse institution, qui sert à partager à deux les problèmes qu'on n'aurait jamais eus si on était resté seul ». D'un point de vue financier, en tout cas, ce constat ne fait aucun doute et prévaut autant pour les unions civiles que les unions de fait.
Les nouveaux tourtereaux ont donc tout avantage à garder à l'esprit un autre sage proverbe avant de mettre en commun leurs avoirs : « un homme averti en vaut deux ». Une femme aussi, d'ailleurs.
La planification et la fusion des finances d'un nouveau ménage méritent une grande attention, car lorsque les assiettes volent, il est souvent trop tard pour débattre intelligemment des questions d'argent.
Voici quelques considérations afin de réduire d'éventuels conflits :
Comportement : transparence et franchise dans les comportements financiers permettront de maintenir un lien de confiance entre les partenaires. Déposez vos lunettes roses et notez de quelle façon votre douce moitié dépense. A-t-elle tendance à dilapider, à mal gérer ? Vous pourriez être tenu(e) responsable de ses écarts de conduite.
Régime matrimonial : les deux régimes les plus répandus sont la société d'acquêts (qui prévaut généralement si vous n'avez rien notarié) et la séparation de biens. Avant d'acquérir des biens en cours d'union, assurez-vous de bien comprendre quelle part vous reviendrait de droit en cas de séparation.
Compte de banque : un compte de banque conjoint peut offrir de multiples avantages (économie sur les frais de service, transparence dans les dépenses du couple, etc.). Toutefois, conserver un compte distinct en marge du compte conjoint principal permet d'assurer ses arrières : entre autres, en cas de décès du partenaire, vous maintenez ainsi l'accès à des liquidités jusqu'au règlement de la succession, alors que le compte conjoint est bloqué.
Votre « valeur » : établir un bilan de vos avoirs et de vos dettes avant la mise en commun permet d'avoir une vue d'ensemble de la valeur marchande de votre contribution au moment de la formation du couple.
Comptes de placement : distinguez sans équivoque vos placements, en cas de partage du patrimoine, en favorisant un compte distinct surtout pour les REER détenus avant l'union.
Budget : partager équitablement les obligations financières ne veut pas dire les répartir à parts égales. Moins d'injustices devront être réparées par la voie éventuelle des tribunaux si le partage est juste en cours d'union. Équilibrer la charge de chacun en fonction des revenus respectifs.
Convention de vie commune : les conjoints de fait doivent envisager le pire pendant qu'ils ont encore des papillons dans le ventre et signer devant notaire une convention de vie commune. Elle comprend l'inventaire des biens respectifs et stipule les termes du partage en cas de rupture.
Testament : rédigez ou révisez votre testament en fonction de votre nouvel état civil. En l'absence de testament, rien ne protège les conjoints de fait à la succession. Rédigez par la même occasion votre mandat en cas d'inaptitude.
Assurances : révisez également la liste des bénéficiaires de vos assurances afin de leur léguer le capital-décès. Évaluez vos protections d'assurance dentaire et d'assurance santé complémentaires pour établir s'il vaut mieux garder chacun sa couverture ou élargir l'une des deux.
Autorités fiscales et RRQ : avisez-les dès le mois suivant votre mariage ou de votre nouveau statut après 12 mois de vie commune pour les conjoints de fait. Ce nouvel état civil pourrait changer le calcul de vos prestations socio-fiscales. Vous éviterez ainsi les conséquences d'une révision de dossier qui pourrait s'avérer onéreuses.
L'argent est trop souvent source de conflits dans les couples. Clarifier la situation financière de chacun en début d'union constitue, après tout, une autre façon d'apprendre à se connaître.