Simon Lord
Argent
L'opposition de certains créanciers au plan d'arrangement de Yellow Media ne fera pas nécessairement dérailler la restructuration de l'entreprise. Ce qui ne veut pas dire que celle-ci a des jours meilleurs devant elle, disent des observateurs.
« Ça fait quelques années que l'on parle du passage au web de la firme. Ce serait une bonne chose, car il n'y a pas d'avenir pour les bottins. Pourtant, les chances que le saut complet se fasse au cours des mois à venir sont plutôt minces », estime Gabriel Lancry, gestionnaire de portefeuille chez Scotia McLeod.
D'autres observateurs estiment que même le passage au numérique ne solutionnerait pas les maux de Yellow Media.
« On se servait de leur bottin pour trouver des fournisseurs de service. Aujourd'hui, on fait une recherche Internet et 15 noms nous sautent au visage. Qui a encore besoin des pages jaunes, même sur le web? », lance Julien Béliveau, analyste à la chaîne Argent.
Jean Laporte, ancien patron de Rogers pour l'est du Canada, abonde dans le même sens. « Si Yellow Media n'arrive pas avec une nouvelle technologie ou un nouveau service qui répond aux besoins de ses clients, l'entreprise disparaîtra », dit-il.
C'est dans ce contexte que des créanciers non garantis ont signifié mercredi à Yellow Media, par voie de communiqué émis par leur procureur McMillan LLP, qu'ils allaient s'opposer au plan de restructuration de son capital. Leur identité n'a pas été précisée. La dette qu'ils détiennent s'élève à 369 M$.
Jeudi, le titre perdait 6,67% à Toronto un peu après 15h00, pour atteindre 0,07$.
Yellow Media a refusé de faire des commentaires.
Par la bouche de mes avocats
Ces créanciers comptent saisir les tribunaux dès lundi prochain d'une requête visant à les exclure du plan de restructuration. Celui-ci vise entre autres à réduire d'environ 1 G$ la dette de 1,8 G$ de la compagnie.
« Les détenteurs de débentures, qui sont non garanties, sont moins bien traités que les porteurs d'action privilégiés dans ce plan, alors qu'habituellement, c'est l'inverse. C'est pour cette raison qu'ils sont en colère, ils veulent être mieux traités », dit M. Julien Béliveau.
Le plan peut aller de l'avant seulement si les deux tiers des créanciers de la catégorie dans laquelle ils ont été inclus y donnent leur feu vert. Le 23 juillet dernier, au moment du dépôt de son offre, l'entreprise a indiqué que 23,7% des créanciers de cette catégorie l'appuyaient.
Le plan peut donc aller de l'avant tant que les tribunaux ne rendent pas un jugement défavorable sur la requête qui sera déposée lundi le 6 août.
Pertes d'emplois?
Les difficultés vécues par l'entreprise toucheront aussi les employés. Plus de 2700 personnes œuvrent au sein de l'entreprise. De nombreux travailleurs de la division Canpages avaient été congédiés en janvier dernier, mais Yellow Media avait refusé de préciser combien. D'autres licenciements pourraient être à venir.
« Cette éventualité n'est pas à exclure si la compagnie continue d'être dans le rouge. Les pertes d'emplois se concrétiseront davantage si l'entreprise lâche le papier, quoiqu'à ce moment des postes pourraient être créés dans la branche web de l'entreprise », explique Gabriel Lancry.
Julien Béliveau, pour sa part, ne voit pas encore de pertes d'emplois dans sa boule de cristal. « Le flux de trésorerie est encore bon. Les créanciers garantis ne largueront pas Yellow Media tout de suite », dit-il.