Jean-François Cloutier
Argent
Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, a annulé une rencontre avec les Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) pour se rendre plus tôt que prévu en Ontario, en prévision d'une rencontre avec son homologue fédéral Jim Flaherty.
La péréquation et les transferts aux provinces seront au cœur de la rencontre de lundi entre le ministre fédéral et ses homologues des dix provinces canadiennes, dans un moment où la formule de péréquation crée de plus en plus de mécontentement dans le reste du Canada.
Le problème est que les provinces riches, qui exploitent pour la plupart des ressources naturelles, éprouvent du ressentiment devant le fait qu'une province considérée pauvre comme le Québec répugne à l'exploitation de son propre gaz et pétrole de schiste.
C'est ce que mentionne Youri Chassin, économiste à l'Institut économique de Montréal (IEDM), qui s'est penché sur le programme de péréquation.
Argent s'est rendu vendredi à une conférence prévue du ministre Marceau devant les MEQ, pour y constater qu'elle avait été annulée. « Il doit aller rencontrer le ministre Flaherty. Nous sommes désolés de ne pas vous avoir prévenus », nous a indiqué un responsable.
Contactée par Argent, l'attachée de presse du ministre, Mélanie Malenfant, a indiqué que M. Marceau se trouvait à Toronto pour y discuter avec les ministres des Finances d'autres provinces. La rencontre est de nature privée, nous a-t-elle dit.
Mme Malenfant n'a toutefois pas fait de secret du fait que les transferts fédéraux et la péréquation seront au cœur des échanges de lundi entre le fédéral et les provinces.
« La position du ministre est d'aller chercher le règlement le plus satisfaisant pour le Québec », a-t-elle dit.
Depuis son introduction il y a plus d'un demi-siècle, le Québec est un bénéficiaire net de la péréquation, décrite par certains économistes comme le « bien-être social » des provinces.
Sur une enveloppe globale de 15,4 G$ en 2012-2013 destinée aux provinces « pauvres », le Québec en touche environ la moitié, soit 7,4 G$.
Dans son discours accompagnant son budget de novembre, M. Marceau s'indignait pourtant des changements apportés par le fédéral au programme dans les dernières années.
« En péréquation, pour les quatre dernières années, le Québec a subi des pertes de 6,6 milliards de dollars », dénonçait-il.
M. Marceau attribuait ce manque à gagner aux « décisions de 2008, en ce qui a trait au programme de péréquation, et de 2011, à l'égard du Transfert canadien en matière de santé».
M. Chassin juge étrange pour sa part qu'un programme d'assistance économique censé être temporaire ait pris valeur d'acquis indélogeable pour le Québec. « L'assistance économique, c'est pas censé être une condition permanente », a-t-il dit.