Jean-François Cloutier
Argent
La fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2 va faire exploser le déficit du gouvernement du Québec pour l'année 2012-2013, lequel pourrait plus que doubler comparativement à ce qui était prévu en mars.
C'est ce qu'a laissé entendre le ministre des Finances, Nicolas Marceau, en conférence de presse vendredi après-midi.
Accompagné du président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, M. Marceau a indiqué que le gouvernement devrait inscrire dans ses livres une charge non récurrente d'un montant inconnu mais qui pourrait facilement dépasser le milliard de dollars.
Les coûts reliés à la fermeture sont évalués à l'heure actuelle à environ 1,7 G$, a mentionné M. Marceau.
« Cela ne reviendra pas l'an prochain. C'est un événement exceptionnel », a-t-il dit, tenant bien à faire comprendre que son gouvernement n'était pas à l'origine de cette hausse du déficit, et qu'il y aurait eu des coûts qu'on ait choisi ou non de maintenir la centrale en opération.
M. Marceau a soutenu que les coûts à venir concernant Gentilly-2 avaient été « cachés » dans le rapport annuel d'Hydro-Québec 2011, les libéraux ayant préféré pelleter le problème en avant.
« Si on avait voulu rénover la centrale, les coûts auraient plutôt été de 4 G$. C'est encore moins cher de fermer la centrale que de la garder ouverte », a-t-il dit.
Dépassements de 1,6 G$
Par ailleurs, MM. Marceau et Bédard ont dit avoir identifié pour 1,1 G$ en dépassements de dépenses par rapport à ce que les libéraux avaient budgété en mars pour l'année en cours.
« Les dépassements dans les dépenses que Raymond Bachand avait estimés à 800 millions de dollars, sont en réalité de 1,1 milliard », a affirmé M. Marceau, attribuant ces excès à des promesses préélectorales.
À cela s'ajoute une hausse des revenus moindres due à la faible croissance de l'économique qui pourrait se traduire par un manque à gagner de 500 M$ pour Québec.
Qui pis est, le président du Conseil du trésor, M. Bédard, a indiqué que les 20 projets d'infrastructure les plus importants mis en branle par le gouvernement connaissaient des dépassements de coûts moyens de l'ordre de 80%.
Le budget libéral de mars 2012 prévoyait un déficit de 1,5 G$ pour l'année 2012-2013.
Malgré ces mauvaises nouvelles, le nouveau gouvernement dit vouloir garder cap sur le retour à l'équilibre budgétaire pour 2013-2014.
Une possible intensification de la lutte à l'évasion fiscale et des taux d'intérêt plus bas sur les emprunts du gouvernement devraient aider Québec à boucler son budget, a espéré M. Marceau.
« Les ministères et organismes ont déjà été informés qu'ils devront respecter la cible d'augmentation des dépenses de 2% », a mentionné M. Bédard.
Réactions
Réagissant aux propos de M. Marceau, le député libéral Sam Hamad a dit qu'il avait de sérieux doute sur le respect du retour à l'équilibre budgétaire du gouvernement péquiste.
« C'est pas vrai qu'on peut dépenser 1,7 G$ pour fermer une centrale et qu'il n'y a pas d'impact sur les finances », a-t-il dit.
Quant au chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, il a déploré le fait que les libéraux avaient caché un « trou » de 1,6 G$ pendant la campagne électorale, et que le nouveau gouvernement ne proposait rien pour réduire les dépenses de l'État.
Le Conseil du patronat note de son côté que certaines des orientations du gouvernement du Québec laissent « présager une croissance de l'écart entre les dépenses et les revenus du gouvernement qui rendent de moins en moins réaliste un retour à l'équilibre budgétaire selon l'échéancier prévu. »