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Les créations d'emplois ont diminué beaucoup plus que prévu en août aux États-Unis, une statistique qui fragilise le président Barack Obama à deux mois de l'élection présidentielle mais qui pourrait inciter la Réserve fédérale à adopter de nouvelles mesures de soutien à l'économie.
Le nombre de créations d'emplois non agricoles n'a été que de 96 000 en août, montrent les chiffres publiés vendredi par le département du Travail, contre 141 000 en juillet (révisé de 163 000). Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne 125 000 créations de postes.
Le taux de chômage a reculé à 8,1 % contre 8,3 % en juillet - le consensus ressortait à 8,3 % -, une diminution essentiellement à mettre sur le compte des désinscriptions des chômeurs qui renoncent à retrouver un emploi.
La révision à la baisse des chiffres de juin et juillet, soit 41 000 emplois créés en moins que lors des premières estimations, intensifie la pression sur la Fed alors que certains économistes plaident en faveur d'un nouveau programme d'assouplissement monétaire (QE3).
"Ces chiffres illustrent l'enlisement de l'économie américaine, ce qui conforte les attentes des investisseurs en faveur d'un QE3", souligne un cambiste.
Qualifiant la stagnation du marché du travail de "grave préoccupation", le président de la Fed, Ben Bernanke, a laissé entendre lors de son discours la semaine dernière à Jackson Hole (Wyoming) qu'une telle décision pourrait être prise lors de la réunion de politique monétaire de l'institution les 12 et 13 septembre.
Le taux de chômage est monté jusqu'à 10 % en octobre 2009 avant de refluer mais le recul s'est tassé cette année, ce dont le parti républicain et son candidat à l'élection présidentielle du 6 novembre, Mitt Romney, se sont emparés pour mettre en difficulté Barack Obama.
Faiblesse généralisée
Un sondage Reuters/Ipsos publié jeudi a donné un court avantage à l'ancien gouverneur du Massachusetts dans la course à la Maison blanche, par 45 % des voix contre 44 % pour le candidat démocrate.
Depuis la crise financière mondiale qui a coïncidé avec l'élection d'Obama, la Fed a maintenu ses taux d'intérêt proches de zéro et injecté quelque 2 300 millions de dollars dans l'économie grâce à des deux programmes successifs de rachats d'obligations.
L'économie américaine n'a créé en moyenne que 139 000 emplois par mois depuis le début de l'année. Ce rythme s'établissait à 153 000 l'an dernier.
Le mauvais chiffre du mois d'août traduit une faiblesse dans tous les secteurs, avec notamment une perte de 15 000 emplois dans le secteur manufacturier, sa première baisse depuis septembre 2011.
Les emplois industriels avaient été gonflés en juillet car les usines automobiles étaient restées ouvertes alors qu'elles ferment normalement à cette période, précisent les économistes.
Le secteur de la construction n'a pas connu de franche amélioration, avec 1 000 emplois supplémentaires créés mais un déclin du travail temporaire (-4.900), pour la première fois depuis mars dernier.
La fonction publique a perdu 7 000 emplois, soit un sixième mois de baisse consécutif.
Au total, le taux d'activité - Américains disposant d'un emploi ou en cherchant un - est tombé à 63,5 %, son plus bas niveau depuis septembre 1981.
Questions-réponses avec l'ancien ministre conservateur Michael Fortier
Q. : Pourquoi la reprise économique est si difficile aux États-Unis
R. : On n'oublie que les Américains ont connu une crise financière épouvantable en 2008 et 2009. Il y a des banques qui se sont écroulées, certaines ont dû être sauvées par le gouvernement. Et pendant ce temps l'économie mondiale a ralenti. Ils ont donc deux importants défis à relever.
Q. : Est-ce que Barack Obama peut se faire réélire même si le taux de chômage est élevé?
Je pense que oui, mais cela va nécessiter une stratégie particulière. Pour Obama, il serait beaucoup plus simple, pendant sa campagne électorale, d'avoir des discussions sur des sujets qui ne portent pas sur l'économie. Son adversaire, le républicain Mitt Romney, ne le laissera pas détourner l'attention sur d'autres sujets. Pour les familles américaines, actuellement, le seul sujet qui compte, c'est l'emploi.
Q. : Est-ce que vous avec idée de ce qui attend les entreprises canadiennes après l'élection américaine ?
Les problèmes de libre échange entre le Canada et les États-Unis demeureront les mêmes qu'en ce moment que ce soit les républicains ou les démocrates qui prennent le pouvoir. Il y a autant de protectionnisme chez l'un ou l'autre des partis. Les gouverneurs des États ne changent pas et c'est eux qui ont de l'influence. Je l'ai déjà dit, le Canada ne joue pas bien ses cartes aux États-Unis. Nos ministres et hauts fonctionnaires vendent leurs projets à Washington, mais ils ne passent pas de temps dans les États et c'est là qu'il faut aller vendre le libre-échange.
Avec Reuters