Solarina Ho
Agence QMI
Tôt ou tard, la Bourse de Toronto devrait tomber dans les filets du Groupe Maple et de son offre de 3,8 milliards $ grâce à l’aide des «chiens de garde» des banques canadiennes qui éloignent les acheteurs non sollicités et grâce à la pression des actionnaires qui vont préférer l’argent comptant aux promesses de croissance.
Même si certains observateurs estiment encore qu’une nouvelle offre sur le Groupe TMX pourrait se matérialiser, les analystes, les gestionnaires de fonds et les responsables de la Bourse de Toronto croient que la puissance financière du Groupe Maple sera difficile battre.
Le Groupe Maple, qui comprend la plupart des grandes banques canadiennes et des grands fonds de retraite (dont la Caisse de dépôt et placement), est maintenant le seul acheteur en lice depuis que la Bourse de Londres a annulé son offre de fusion à la fin du mois de juin.
Malgré le fait que Maple ait vu le jour pour contrer l’offre de la Bourse de Londres, la détermination du groupe à boucler la transaction n’est pas disparue pour autant.
Luc Bertrand, principal porte-parole de Maple, a indiqué la semaine dernière que le groupe espère conclure la transaction en des termes amicaux et qu’il est « pleinement engagé » à en arriver à une entente.
M. Bertrand a également souligné que l’offre hostile existante est « aussi solide qu’on puisse l’imaginer », laissant entendre ainsi que Maple ne craint pas d’autres offres étrangères, comme une provenant de Nasdaq.
« Même si Nasdaq semble très agressif, je ne crois pas qu’ils disposent plus d’argent que la Bourse de Londres », a souligné pour sa part Chris Damas, un analyste indépendant de l’Ontario.
Le comptant compte
Sans autre acheteur non sollicité à l’horizon, Maple se concentre maintenant sur les défis qui attendent son offre.
Telle quelle est actuellement, l’offre nécessite que 70 % des actionnaires cèdent leurs actions d’ici le 8 août. L’offre est de 50 $ CAN au comptant et en actions. Les actions du Groupe TMX oscillent présentement au tour des 44 $.
« Si on obtient 50 $ en septembre, il sera difficile de résister à cette offre qui comprend aussi un dividende », dit M. Damas.
« M. Bertrand a dit que son groupe n’avait pas besoin de hausser son offre - qui peut le blâmer. Ils sont les seuls en lice », ajoute M. Damas.
Mais tous les actionnaires ne succomberaient pas à l’attrait de Maple.
Certains se demandent si l’effet levier de l’offre de Maple est suffisant et pensent que c’est pour cette raison que le groupe cherche à intégrer la Banque Royale et la Banque de Montréal dans ses rangs.
Ces deux grandes banques agissaient comme conseillers auprès de la Bourse de Londres au sujet de la fusion avec Toronto. Leur arrivée permettrait à Maple de compter sur une grosse source de capitaux et permettrait d’augmenter l’effet levier à un niveau acceptable pour la Bourse de Toronto.
Autre obstacle possible : le Bureau de la concurrence canadien. Maple souhaiterait intégrer dans le Groupe TMX la plateforme de transaction alternative Alpha, qui appartient également à plusieurs des membres de Maple. Certains critiques estiment que Maple obtiendrait une main mise trop grande sur le marché.
Mais d’autres pensent que cet écueil pourrait être amoindri si Maple arrive à se faire des alliés parmi les gestionnaires du Groupe TMX. Ceux-ci n’avaient pas réagi avec beaucoup d’enthousiasme à l’offre de Maple.
« Si Maple et les gestionnaires défendent l’offre d’un commun accord, il sera plus facile alors d’affronter les autorités fédérales en matière de pratiques concurrentielles », souligne Ed Ditmire, analyste chez Macquarie Capital.
De toute façon, le Groupe TMX n’a plus vraiment le choix. Dans les conditions actuelles, l’offre de Maple sera difficile à repousser.
« À moins que Tom Kloet (le président et chef de la direction de TMX) trouve quelque chose qui plaise beaucoup aux actionnaires, je ne vois pas comment il pourra contrer l’offre de 50 $. Il faudrait qu’il sorte tout un lapin de son chapeau », affirme Stephen Jarislowsky, chef de la direction chez Jarislowsky Fraser.