Jean-François Cloutier
Argent
En devenant président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, Lucien Bouchard, un des avocats les plus occupés du Québec, va devoir s’inscrire au Registre des lobbyistes pour la première de sa vie.
C’est ce qu’a confirmé à Argent le porte-parole du Registre, Charles Dorion. «Cela viendra normaliser la situation et M. Bouchard pourra ensuite faire des représentations auprès du gouvernement», a-t-il expliqué.
Il s’agit d’un changement de cap important pour celui qui, en plus d’avoir fondé le Bloc québécois et gouverné le Québec dans les années 1990, avait agi comme négociateur dans de nombreux dossiers, dont ceux de l’usine Olymel de Vallée-Jonction et du contrat du renouvellement des voitures du métro de Montréal.
Selon Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et de communication marketing de l'UQAM, il faut relier l’engagement de M. Bouchard en faveur de la mise en valeur du gaz de schiste à ses prises de position prônant la création de richesse au Québec et sa signature du manifeste Pour un Québec lucide.
«Cela a sûrement pesé dans la balance. M. Bouchard est une autorité morale et s’il ne parvient pas à vendre le gaz de schiste aux Québécois, personne d’autre n’y parviendra», a-t-il souligné.
Risqué
Une source bien informée s’est pour sa part montrée très surprise par le choix de M. Bouchard de s’impliquer dans le dossier des gaz de schiste. Même si M. Bouchard a souvent dû piloter des dossiers dont la dimension politique était très forte, celui-ci est de loin le plus controversé, a-t-elle souligné.
«C’est un homme excessivement prudent et très intelligent, et le dossier des gaz des schiste est très complexe», a-t-elle dit.
Cette source a signalé qu’André Caillé jouissait d’une réputation enviable avant de devenir le porte-étendard du gaz de schiste. Même la réputation du juge Michel Bastarache n’est pas sortie complètement indemne de la très médiatisée Commission Bastarache, a-t-elle ajouté. «C’est un choix risqué», a-t-elle dit.
600 à 750$ de l’heure
Alors que le gouvernement libéral brandit désormais ouvertement la menace d’un moratoire sur l’exploration de gaz de schiste, l’Association pétrolière et gazière du Québec va devoir dénouer les cordons de la bourse afin de convaincre la population du bien-fondé de son projet.
En devenant président de l’Association pétrolière et gazière, Lucien Bouchard devrait toucher de 600 à 750$ de l’heure, selon une source.
C’est sans compter l’armée de professionnels et d’avocats dont M. Bouchard pourrait vouloir s’entourer.
En octobre, le quotidien 24H avait appris que la Société de transport de Montréal (STM) avait dû allonger 7,5 millions $ de plus pour défrayer les honoraires professionnels des firmes qui s’occupent de la préparation du contrat de renouvellement des voitures du métro.
La STM avait notamment payé 5 millions $ en honoraires professionnels à deux firmes d’avocats, soit 1,4 million $ au cabinet Fasken Martineau et 3,6 millions $ au cabinet Davies Ward Phillips & Vineberg, entre autres pour les services de l’ancien premier ministre Bouchard.