Olivier Bourque
Argent
Les 330 employés de Bombardier Transport ont déclenché une grève illimitée jeudi matin. Selon le syndicat, l'employeur n'a pas respecté l'entente signée en 2010 concernant le Métro de Montréal et qui visait la création de quelques centaines d'emplois à l'usine de La Pocatière.
C'est donc le nœud de ce conflit de travail. Aux dires du syndicat, Bombardier fait appel à trop de sous-traitants pour la construction du Métro de Montréal dont la saga s'est déroulée sur environ cinq ans.
«Clairement, on ne respecte pas l'entente qu'on a signée. Il y a trop de sous-traitance et on croit maintenant qu'on aura 200 personnes qui vont travailler sur ce contrat dans l'usine alors qu'on avait dit qu'il y en aurait 400», estime Mario Lévesque, président du syndicat des employés.
On promettait 775 emplois en 2010
Au total, en 2010, on faisait miroiter la création de 775 emplois à La Pocatière, un chiffre qui n'a jamais été démenti par Bombardier. D'ailleurs, tous les journalistes affectés à la couverture de l'événement lors de l'annonce avaient utilisé le même chiffre, les dépêches de l'époque en faisant foi.
Deux ans plus tard, ce chiffre ne tient pas la route, affirme Bombardier Transport lors d'une entrevue avec la Chaîne Argent.
«Je ne sais pas comment on est arrivé à ce chiffre, quel calcul a été fait. On n'a jamais promis cela. On a dit qu'il y aurait 400 employés (300 en usine et 100 cols blancs) qui vont travailler sur ce contrat», affirme Marc Laforge.
Actuellement, il y a plus de 540 employés à La Pocatière. Pas plus de 200 employés dans l'usine travailleront sur le contrat du Métro de Montréal, selon le syndicat. Et surtout, le nombre d'employés risquent de diminuer très bientôt.
«Il y a des contrats qui vont se terminer très bientôt, donc ce chiffre va descendre. On est très déçu du comportement de Bombardier dans ce dossier», assure M. Lévesque.
Beaucoup de sous-traitance
Selon lui, beaucoup de pièces du métro sont fabriquées à l'extérieur de l'usine et du Québec notamment celles contenant de l'acier noir. Mais Bombardier conteste cette interprétation.
«Ça fait plusieurs années qu'on dit qu'on leur a dit que nous n'allions plus faire de l'acier noir, je ne comprends pas pourquoi soudainement on revient avec cela», assure M. Laforge.
Autre point selon le syndicat : les pavillons (ou les toits) des voitures de métro ne sont pas construits à La Pocatière comme prévu. Ils devaient être faits en acier inoxydable mais les règles ont changé en cours de route.
«Le client voulait des toits plus légers et en aluminium. Et la seule technologie se trouvait aux États-Unis », assure M. Laforge.
Selon le syndicat, il y a eu 36 rencontres avec l'employeur qui n'ont finalement rien donné.
«Je ne peux dire s'il va s'agir d'un conflit qui sera long, je ne sais pas», affirme M. Lévesque.
Bombardier s'est dit surpris de cette grève. «Nous avions encore des propositions à faire, mais ils ont décidé d'aller en grève», affirme M. Laforge.
La convention collective des employés est échue depuis 2011. Le régime de retraite des employés qui est gelé depuis 2003 aux dires du syndicat est aussi un élément de discorde avec l'employeur.
Impact sur le métro de Montréal?
On ignore pour le moment l'impact que cette grève pourrait avoir sur la livraison des futures voitures du métro de Montréal.
La Société de transport de Montréal (STM) dit suivre la situation quotidiennement, mais qu'il est trop tôt pour savoir si les livraisons seront retardées. «Cela dépendra de la durée du conflit», a indiqué Odile Paradis, chef des affaires publiques à la STM.
La STM a commandé à un consortium formé de Bombardier et de la française Alstom un total de 342 voitures pour remplacer des voitures mises en service en 1963.