Simon Lord
Argent
Les quelque 600 000 membres d'un syndicat dans la région de Montréal gagneraient en moyenne 3,31 $ de plus que leurs collègues non syndiqués, selon les calculs du Congrès du travail du Canada (CTC). Des experts ont toutefois remis en question une méthodologie qualifiée de douteuse.
« Quand j'ai vu cette étude, je me suis gratté la tête. La méthodologie est assez surprenante », a indiqué Louis Fortin, chargé de cours en relations industrielles à l'Université McGill.
L'étude compare en effet les syndiqués, qui ont un salaire horaire moyen d'environ 24,12 $, aux travailleurs qui n'appartiennent pas à un syndicat, dont le salaire horaire moyen s'élève à 20,81 $. La prime salariale est moindre qu'au niveau canadien, où les chiffres sont de 26,50 $ pour les syndiqués et de 21,39 $ pour les non-syndiqués.
« D'abord, pour que la comparaison ait du sens, il faut comparer des syndiqués et non-syndiqués avec des emplois du même type. Il faut aussi que les travailleurs aient le même niveau de qualification », a expliqué Philip Merrigan, économiste du travail à l'Université du Québec à Montréal.
Environ 36 % de la main-d'œuvre est syndiquée dans la région de Montréal, comparativement à 31,2 % pour l'ensemble du Canada. Leur masse salariale hebdomadaire de 503,5 millions $ comptait pour près de 40 % du total de la communauté.
Chaque semaine, la prime salariale des travailleurs syndiqués a permis d'injecter plus de 69 millions $ supplémentaires dans l'économie locale, selon le CTC. Cela permet de faire tourner le commerce dans les régions concernées.
« Les travailleurs et travailleuses syndiqués dépensent la plupart ou la totalité de leur salaire dans leur communauté locale. Nous croyons que des salaires décents et des pensions décentes enrichissent la communauté et l'ensemble du pays », a souligné Ken Georgetti, président du CTC.
Pas faux, mais…
Les experts ont estimé que l'étude n'a pas complètement tort, mais qu'elle a tendance à exagérer la prime salariale associée au fait d'être syndiqué.
« Je dirais que le surplus de 3,30 $ à Montréal, et de 5,11 $ au Canada, c'est un peu au-dessus de ce que l'on observerait si on établissait de vrais comparatifs. Si les syndicats offraient un avantage si marqué, peut-être qu'ils n'auraient pas si peur du scrutin secret pour l'accréditation » a soutenu Louis Fortin.
Le CTC a considéré pour sa part avoir fait un très bon travail. « En général, les syndiqués sont plus éduqués, ont plus d'expérience et sont plus productifs que les travailleurs non syndiqués. Les études d'économistes canadiens, qui tiennent compte de ces facteurs, arrivent à la conclusion qu'être syndiqué permet d'avoir un salaire de 7 % à 14 % plus élevé », a dit Ken Georgetti.
Des employeurs qui paient
Plusieurs employeurs du secteur privé offrent d'excellentes conditions de travail et des salaires très intéressants à leurs employés sans avoir de syndicat, a insisté Louis Fortin. Certains le font pour éviter une syndicalisation et conserver leur flexibilité. D'autres pour attirer les meilleurs travailleurs.
« Alouette, Kraft ou Cascade, par exemple, sont des employeurs de choix. Ils offrent de très bonnes conditions », a-t-il indiqué.