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Jean-François Cloutier
Argent
Il n’y a pas qu’un projet d’éoliennes controversé qui pourrait profiter de l’argent du jeu en ligne produit sur la réserve indienne de Kahanawake. Depuis une dizaine d’années, la réserve située à quelques kilomètres de Montréal s’est hissée au rang de Mecque nord-américaine du jeu en ligne, et les revenus de cette activité sont en forte progression.
De partout dans le monde, des imitateurs convergent aujourd’hui vers Kahnawake afin de répliquer le modèle de ce qui est devenue une vache à lait pour les autochtones et des opérateurs de jeux en ligne, qui profitent d’un flou juridique pour engranger des millions de dollars.
C’est à travers la Kahnawake Gaming Commission, créée en 1996, que la réserve indienne a agi comme un pionnier et a étendu ses tentacules bien au-delà de son territoire physique depuis une dizaine d’années.
La Kahnawake Gaming Commission, qui est aujourd’hui une des plus importantes agences de régulation de casinos virtuels dans le monde, émet des permis à près de 250 sites de jeu en ligne et de paris sportifs à travers le monde, gérés par une cinquantaine d’opérateurs.
En retour d’une redevance annuelle, la commission est en charge de régler les litiges avec les opérateurs et de s’assurer que les clients des jeux en ligne soient payés. «Nous nous assurons que les jeux soient équitables», indique Dean Montour, président du conseil de la commission, au cours d’une brève entrevue téléphonique.
La réserve autochtone abrite aussi la Mohawk Internet Technologies, une véritable forteresse surveillée par des agents de sécurité qui abrite des serveurs pour des opérateurs de casinos en ligne de partout dans le monde, qui ont besoin d’avoir une base informatique sur le continent nord-américain.
Plusieurs avantages
La réserve de Kahnwake profite de plusieurs avantages : elle est réputée stable politiquement, elle est située à deux pas des États-Unis, et elle bénéficie d’un flou juridique entourant le jeu en ligne. Une abondance de bande passante sur le territoire permet de traiter un flot de données énorme provenant de la clientèle nord-américaine du jeu en ligne.
Des entreprises mohawks spécialisées dans le jeu en ligne ont également fleuri au fil du temps à l’extérieur de la réserve.
C’est le cas notamment de l’entreprise Continent 8, établie à l’île de Man, qui est une autre plaque tournante du jeu en ligne à l’échelle mondiale. Continent 8 stocke des données et fournit de la bande passante et de l’électricité à des opérateurs de jeu en ligne.
C’est sur l’île de Man que le site Pokerstars, le site de poker le plus populaire au monde, a son siège social.
Sur le conseil d’administration de cette entreprise dont la Commission de développement économique de Kahnawake et le Conseil de bande de Kahnawake sont tous deux propriétaires à hauteur de 20%, on trouve notamment l’ancien ministre du Revenu du Canada de 1988 à 1993, Otto Jelinek, qui est devenu un homme d’affaires après son départ de la politique.
Continent 8 est aussi liée par contrat à Internet Mohawk Technologies, à qui elle loue de l’espace de bande passante sur la réserve de Kahnawake.
Patate chaude
La question de la légalité des opérations de jeu en ligne à Kahnawake est floue. « Le point de vue des Mohawks est que le jeu est une pratique ancestrale et qu’ils ont donc le droit de réglementer eux-mêmes cette pratique, en vertu de la Constitution canadienne », explique Edwin Monzon, avocat chez Lazarus Charbonneau, à Montréal.
Le point de vue est bien différent chez Loto-Québec. La porte-parole, Marie-Claude Rivet, a indiqué à Argent que la société d’État considérait le jeu en ligne illégal mais qu’il ne lui revenait pas de faire appliquer la loi.
Des appels logés par Argent illustrent bien la patate chaude que représente ce dossier, autant au niveau fédéral que provincial. Au Secrétariat aux Affaires autochtones du Québec, on nous réfère au Ministère des Finances du Québec, qui nous réfère lui-même à la Gendarmerie royale du Canada. Le porte-parole de la GRC prétend toutefois qu’il s’agit d’un problème relevant du gouvernement provincial…
Le directeur des communications de la Régie des alcools, des courses et des jeux, Réjean Thériault, a toutefois une opinion plus personnelle dans ce dossier. «Moi, j’ai l’impression que ce n’est pas légal. Mais c’est comme la contrebande de cigarettes, personne ne veut réagir. Tout le monde est frileux avec ça», explique-t-il.