Carl Renaud
Argent
Le prix de certains médicaments génériques va demeurer trop élevé au Québec malgré l'abolition de la règle des 15 ans, qui entre en vigueur aujourd'hui. C'est ce que croit l'Institut de recherche en économie Contemporaine (IRÉC), qui a publié une étude sur le prix des médicaments l'été dernier.
Le gouvernement du Québec a annoncé l'abolition de la règle des 15 ans lors de la présentation de son budget 2013-2014, l'automne dernier. En raison de l'entrée en vigueur de cette mesure, la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) doit arrêter de rembourser la soixantaine de médicaments d'origine qui étaient toujours protégés malgré l'existence de produits génériques équivalents.
La RAMQ paiera donc désormais le plus bas prix, c'est-à-dire celui du médicament générique. Seuls les médicaments consommés par les bénéficiaires du régime d'assurance public, administré par la RAMQ, sont visés par le changement. Ceux remboursés par les assureurs privés ne le sont pas.
«Ça va permettre au gouvernement d'économiser beaucoup d'argent car la RAMQ va rembourser de 25% à 60% du prix des produits d'origine», a expliqué à Argent, Marc Lortie, porte-parole de l'organisation.
L'IRÉC déplore que le gouvernement n'ait pas emboîté le pas à l'Ontario qui, lorsque les brevets des médicaments d'origine viennent à échéance, rembourse seulement 25% de leurs prix pour tous les génériques.
«Nous pourrions économiser beaucoup d'argent si le Québec adoptait la règle de 25%», a commenté Oscar Calderon, chercheur à l'IRÉC. Il a précisé que les deux tiers des produits génériques vendus au Québec sont déjà remboursés à 25% en raison de l'existence d'une politique du plus bas prix au Canada.
Selon M. Calderon, le Québec autorise actuellement la vente d'environ 2000 médicaments de plus que l'Ontario. Le remboursement de ces médicaments peut correspondre à 60% du prix du produit d'origine.
«Ce n'est pas la Régie qui fixe les prix, c'est l'Institut national en santé et en services sociaux (INESSS) à la suite d'une évaluation», a expliqué Marc Lortie.
D'autres économies
L'IRÉC estime également que le gouvernement québécois pourrait épargner sur le prix versé pour les autres médicaments d'origine qui sont protégés par un brevet. «Si le gouvernement adoptait une politique d'achats centralisés, il pourrait négocier avec les fournisseurs pour obtenir de meilleurs prix», a ajouté Oscar Calderon.
Actuellement, le gouvernement dispose de peu de pouvoir de négociation car les hôpitaux et les pharmacies commandent leurs stocks séparément.
Le président d l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires pense qu'une politique d'achats centralisés pourrait être néfaste. «Si on faisait affaire avec moins de fournisseurs pour avoir de meilleurs prix, il y aurait plus de danger d'avoir des problèmes d'approvisionnement», a exprimé Jean Thiffault, en entrevue à Argent.