CarolinePailliez
Argent
Les fromages québécois n’ont plus rien à envier à leurs cousins français. Ils se taillent maintenant une place parmi les produits les plus raffinés des concours internationaux.
L’American Cheese Society tenait son concours nord-américain à Montréal cette année, en fin de semaine; une grande première pour cette fédération, qui n’a pas l’habitude d’organiser des évènements en dehors des États-Unis. Or, les fromagers québécois ont redoublé d’ardeur. De 15 fromageries d’ici qui ont concouru l’an dernier, elles étaient 39 cette année (voir autre texte pour les résultats).
Chez nous, la réputation des fromages de la province n’est plus à refaire. « Les produits québécois remportent le Grand Prix des fromages canadien depuis sept années consécutives », constate Solange Heiss, porte-parole des Producteurs laitiers du Canada (PLC), qui organise l’évènement.
« Le Québec a pris de l’avance avec sa proximité culturelle avec la France », explique Jean Morin, copropriétaire de la ferme Louis d’Or, qui vient de remporter le dernier Grand Prix. L’artisan, à l’instar de beaucoup d’autres, est allé lui-même faire le tour des spécialités régionales de l’hexagone avant de se lancer dans l’industrie.
La Belle Province s’est ainsi créé l’un des plateaux les plus diversifiés en Amérique du Nord, avec une production de 350 fromages de lait de vache différents. Elle offrirait plus de la moitié des variétés existantes au monde, selon la Fédération des producteurs de lait du Québec. En 2008, le Canada se situait au 10e rang des pays producteurs de fromages avec une production annuelle de 400 milliers de tonnes.
De plus en plus d’amateurs québécois
Il faut dire que la qualité des produits a suivi l’explosion de l’offre. De nombreux établissements artisanaux ont commencé à se développer au début des années 2000, à mesure que les habitudes de consommation des Québécois changeaient.
« Les Québécois sont devenus très curieux des produits locaux. Ils préfèrent maintenant tester plusieurs variétés en petites quantités. Ils sont également de plus en plus fiers de pouvoir goûter à des produits de leur propre terroir », explique Marc Picard, propriétaire de la fromagerie Hamel à Montréal.
Alors que la consommation moyenne nationale se situe autour de 12,5 kg, par année, celle de la belle province devrait se trouver autour de 18 kg estime André Piché, propriétaire de la fromagerie Maître Corbeau. Les Français en sont à 24 kg de leur côté.
« Lorsque nous avons ouvert notre magasin à Montréal, nous réservions seulement quatre pieds carrés aux fromages frais locaux. Maintenant, ils s’accaparent huit pieds carrés, aux dépens des importations », explique M. Piché.
Entre 2000 et 2005, le nombre d’usines fabriquant du fromage a augmenté de 80%. Des 120 fromageries en activité aujourd’hui, près de 80 d’entre elles transforment moins de 1 million de litres de lait par an.