Jean-François Cloutier
Argent
La Coalition Avenir Québec (CAQ) a dévoilé pas moins de 94 promesses dans sa plateforme électorale ce week-end, mais force est de constater que les promesses où on s'engage à dépenser sont plus précises que celles où on entend resserrer les cordons de la bourse.
C'est l'observation qu'a faite Martin Coiteux, professeur d'économie à HEC Montréal.
Tout en disant attendre le dévoilement du cadre financier pour porter un jugement définitif sur le programme économique du nouveau parti, M. Coiteux a souligné que les idées permettant de générer des économies ou de nouveaux revenus semblent à peine suffire à payer pour les promesses de dépenses.
« J'ai été surpris de voir qu'ils proposaient de réduire leurs impôts pour les familles. Déjà, ils proposent d'augmenter les salaires des professeurs et des omnipraticiens, il faudra voir comment ils vont y parvenir », a-t-il dit.
M. Coiteux signale qu'à l'époque où la CAQ était encore un mouvement, les économies envisagées servaient exclusivement à payer pour de nouvelles dépenses. « On cherche encore la façon de réduire l'endettement », a-t-il dit.
Selon le professeur, les promesses faites par la CAQ ne sont pas irréalisables, mais vont demander un courage politique qui a manqué aux libéraux depuis neuf ans.
« Jean Charest a annoncé qu'il voulait dégraisser la fonction publique en 2003, et trois mois après, il avait changé d'idée à cause des lobbies », a-t-il signalé.
Des économies substantielles ne pourront être faites sans que soient rouvertes les conventions collectives des employés de la fonction publique ou de sociétés d'État comme Hydro-Québec, selon le professeur.
Il faudra aussi modifier la façon dont on finance le système de santé, pour inciter les hôpitaux à accroître leur productivité, ce qui risque de heurter des chasses gardées.
Le scepticisme est le même chez Jean-Michel Cousineau, président du Comité des politiques publiques de l'Association des économistes québécois. « Des engagements pour réduire la bureaucratie, j'en ai vu plusieurs pendant ma carrière, et les résultats sont souvent décevants », a-t-il dit.
Selon l'expert, la CAQ pourra au mieux réaliser partiellement ses promesses d'économies dans la fonction publique.
« Ça va créer d'énormes tensions s'ils décident de tout mettre en œuvre. Il faut que M. Legault évite de se faire trop d'ennemis en même temps », a-t-il dit.
Le professeur dit par ailleurs douter que la lutte à la corruption permette de dégager de nouvelles sommes substantielles pour l'État. Quant à la lutte à la collusion, elle ne donnera de bons résultats que si on permet à des sociétés étrangères de soumissionner sur des appels d'offres publics, ce qui demanderait aussi du courage politique.