Jean-François Cloutier et Michel Munger
Argent
Le capital de risque a connu un deuxième trimestre faste au Québec. L'argent investi a crû de 45% à 100 M$ pendant la période de trois mois, une situation qui met en valeur la situation privilégiée du Québec en ce qui a trait au capital de risque, selon des données de Thomson Reuters.
Les résultats d’une étude commandée par l’association Réseau Capital indiquent une croissance de 19% du nombre d’entreprises financées au Québec au cours du dernier trimestre, alors que 56 projets ont bénéficié d’une injection de capital.
La taille moyenne des investissements est aussi en hausse et a atteint 1,8 M$, comparativement à 1,5 M$ un an plus tôt.
En dollars absolus, l’activité québécoise a dominé le marché canadien du capital de risque au deuxième trimestre, ce qui a permis au marché canadien dans son ensemble de progresser de 57%, à 334 M$.
Pour François Chaurette, coprésident de Réseau Capital et associé principal chez Novacap, ce redressement rapide de la situation témoigne de l’environnement exceptionnel pour le capital de risque au Québec.
«Même si 2009 a été une année difficile, le Québec s’en est mieux tiré que le reste du Canada, et nous conservons encore notre longueur d’avance», mentionne-t-il.
M. Chaurette vante l’équilibre unique qui existe au Québec entre les fonds privés, les fonds fiscalisés et les fonds étrangers.
Tous les secteurs ont profité du regain d’activité, mais celui des sciences de la vie, qui avait été délaissé en 2009, en a particulièrement profité avec sept nouvelles entreprises financées. Les secteurs des technologies de l’information (31% des projets) et des biotechnologies se sont aussi taillé une place de choix, à côté de secteurs traditionnels.
Le Facebook des moins de 14 ans?
Parmi les heureux bénéficiaires d’une injection de capital de risque en 2010, on trouve des entreprises comme la montréalaise Woozworld qui a profité en 2010 d’un financement de la part d’iNovia et de ID Capital.
Spécialisée dans les médias sociaux et les mondes virtuels, l’entreprise montréalaise aspire à devenir le Facebook des moins de 14 ans. Sur le site, on trouve des espaces qui ressembent à des profils, bien qu’on n’y trouve pas d’informations personnelles sur leurs utilisateurs.
Son pdg, Éric Brassard, a confié qu’il avait profité de l’expertise d’iNovia pour faire croître son site à vitesse grand V. L’argent, mais aussi le réseau de contacts des fournisseurs de capital de risque, a contribué à son expansion.
Le site a commencé ses activités avec 50 «espaces» utilisés et en compte aujourd’hui 1,5 million, la plupart géré par des enfants à l’extérieur du Canada.
«Sans capital de risque, il n’y aurait pas eu de Woozworld», assure M. Brassard.
Chris Arseneault, le pdg d’iNovia, qui gère un fonds de 112 M$, se dit désireux de développer le créneau des entreprises dont le chiffre d’affaires a le potentiel de passer de 15 à 100 millions, qu’il estime sous-développé. «Faire éclore une entreprise à l’international est le plus grand défi», relate-t-il.